«Si elle est adoptée par le Parlement, la taxonomie européenne des activités durables ne pourra plus être considérée comme l’étalon or pour mesurer la durabilité des investissements», réprouvent, dans une note, les investisseurs responsables des PRI (Principles for Responsible Investments), habituellement plutôt conciliants. Le ton change. «Près de 400 investisseurs signataires des PRI utilisent déjà la taxonomie (…) ce qui reflète le potentiel énorme de cet instrument pour orienter les décisions d’investissements vers des objectifs durables. Cependant, les critères proposés pour le gaz et le nucléaire risquent d’affaiblir la crédibilité et la mise en place de la taxonomie», déclare Margarita Pirovska, directrice des politiques publiques aux PRI. Elle craint que les investisseurs se divisent entre ceux qui suivront cette taxonomie et ceux qui chercheront une application plus stricte des principes. Les PRI constatent cependant que les règles de reporting permettront aux investisseurs d’indiquer jusqu’à quel point ils sont exposés au gaz et au nucléaire. Une approche ni scientifique ni neutre Adoptée telle quelle, la taxonomie introduirait la possibilité d’investir dans des activités non conformes aux objectifs de neutralité carbone que suivent les investisseurs. «Cela joutera un fardeau supplémentaire pour les investisseurs qui devront vérifier si leurs investissements alignés sur la taxonomie respectent une évaluation scientifique», écrivent les PRI. Comme pour les autres activités labellisées vertes, la Commission européenne a défini des critères techniques pour agréer le gaz et le nucléaire dans la taxonomie. Mais selon les PRI, ces critères « écartent l'évaluation environnementale des activités économiques de la science et de l’alignement avec les Accords de Paris». Ils estiment également que l’approche de la Commission ne correspond plus à l’objectif initial de définir les activités sur «une base technologique neutre». La Commission européenne a décidé, mercredi 2 février, de maintenir l’intégration du gaz et du nucléaire dans la taxonomie européenne en tant qu’ «activités utiles à la transition», dans son acte délégué relatif, suscitant une levée de boucliers parmi de nombreux acteurs du durable. Après l’entrée en application de la taxonomie sur le climat (depuis le 1er janvier 2022), la question du gaz et du nucléaire devait faire l’objet d’un acte séparé complémentaire tant ils étaient soumis à des questions politiques. La France défendant le nucléaire, et l’Allemagne le gaz pour leurs économies. Le Parlement et le Conseil de l’UE (qui ont délégué à la Commission le pouvoir d’adopter des actes concernant la taxonomie) disposent de quatre mois pour «faire objection» au texte par une majorité de 20 Etats membres pour le Conseil et par une majorité pour le Parlement (soit 353 députés)