«Seul le développement de fonds fermés dont les horizons de liquidation correspondent à ceux des actifs ou des stratégies sur lesquels ils sont investis garantira un développement sécurisé des investissements sur les classes d’actifs peu liquides, comme l’immobilier non coté ou les hedge funds». C’est ce que pense Noël Amenc, professeur de Finance, directeur de la Recherche et du Développement à l’Edhec et directeur de l’Edhec Risk and Asset Management Resarch Centre, qui nous livre ses idées dans un nouveau document intitulé «Quelques réflexions sur la régulation de la gestion d’actifs pour vraiment tenir compte de la crise financière».Pour lui, cette solution des fonds fermés, qui permet de mettre en adéquation les actifs et les passifs des fonds, permettrait aussi de résoudre «un problème plus global apparu dans la crise et qui est lié au cadre comptable international fondé sur la juste valeur des actifs». Noël Amenc reconnaît que les fonds fermés ont mauvaise réputation dans la gestion d’actifs, et plus particulièrement au Royaume-Uni «où la décote et la volatilité des unit trusts ont pendant cette crise atteint des sommets». Mais il a une réponse : «notre proposition vise à distinguer la question de l'échange sur un marché secondaire des parts de fonds fermés de leur cotation (…). Le développement des plateformes multilatérales de négociation, des fonctions des chambres de compensation, et des capacités de règlement/livraison des dépositaires pourrait permettre de mettre en place un marché de gré à gré sécurisé des fonds fermés au niveau européen, sans que cela implique une cotation de ces derniers en Bourse». Noël Amenc souhaite dans ce contexte que la récente modernisation du régime des Sicaf mise en œuvre en France trouve un écho dans une directive européenne et qu’elle s’accompagne à la fois d’une réforme des règles comptables applicables aux OPC et de la volonté de développer un marché secondaire paneuropéen des fonds fermés. Pour finir sur ce sujet, Noël Amenc observe que «la mise en œuvre d’un dispositif qui ne fait pas reposer la question de la liquidité sur les fonds eux-mêmes mais sur leur marché secondaire permet de limiter le risque de réputation des sociétés de gestion». Dans son recueil de réflexions, Noël Amenc estime par ailleurs qu’il «convient d'éviter par un discours triomphateur de laisser penser aux investisseurs qu’il leur suffit de faire confiance les yeux fermés à la réglementation pour assurer la sécurité de leurs actifs», faisant sans doute référence aux discours de la France dans l’affaire Madoff. Enfin, le professeur de l’Edhec juge qu’il «vaudrait mieux que le législateur se contente d’un rôle plus modeste mais mieux assumé».