La Libyan Investment Authority (LIA) a engagé des poursuites judiciaires à l’encontre de la Société Générale et trois de ses filiales auprès de la Haute Cour de Justice de Londres et réclame 1,5 milliard de dollars (1,09 milliards d’euros) de compensations en raison d’une série de cinq transactions, dont l’une portant sur une restructuration, réalisées entre la fin de l’année 2007 et mi-2009, selon un communiqué de la LIA publié le 31 mars. La Société Générale a indiqué qu’elle contestait «les allégations infondées de la plainte de la LIA ».Durant la période précitée, la LIA a investi 2,1 milliards de dollars (1,5 milliard d’euros) dans des obligations à moyen terme émises par la Société Générale et plusieurs de ses filiales. Selon les communications de la banque, après chacune des transactions incriminées, la société Leinada, enregistrée au Panama, percevait des sommes conséquentes provenant de la Société Générale pour des services rendus et ce pour un montant global s'élevant à près de 58 millions de dollars. La société Leinada était dirigée par Walid Giahmi, ami très proche de Saif Khadafi, fils de l’ancien dictateur libyen, le colonel Khadafi. Les paiements s’effectuaient en contrepartie de supposés services de conseil sur le montage des transactions. Cependant, sur les documents légaux, les descriptions des services rendus sont délibérément variables, vagues et opaques, la grille de rémunération de ces services n’ayant jamais été transmise officiellement à la LIA. «II n’existe aucune indication prouvant que la société Leinada a effectivement produit de services légitimes en relation avec les transactions incriminées, d’autant plus que la Société Générale n’avait nul besoin d’aide, concernant le montage des transactions et les solutions d’investissement, surtout venant de la part d’une personne ne possédant pas d’expertise dans les montages financiers et les transactions sur les produits dérivés», souligne le communiqué. L’un des placements du fonds souverain libyen était indexé sur les performances des actions de la Société Générale, au moment même où les marchés financiers se trouvaient dans une situation critique et que la Société Générale, accusant plusieurs milliards de pertes du fait des transactions frauduleuses réalisées par Jérôme Kerviel, souffrait d’un besoin urgent de liquidités. Les placements ont depuis enregistré des pertes significatives et la Libyan Investment Authority souhaite qu’ils soient considérés comme nuls et non avenus car résultant d’un système frauduleux et corrompu.En février de cette année, il a été porté à l’attention des médias que la Société Générale faisait l’objet d’une enquête diligentée par le Département américain de la Justice pour violation des lois anti-corruption dans les opérations effectuées pour le compte de la Libyan Investment Authority. Les rapports, publiés à la suite des investigations menées auprès de plusieurs établissements financiers, mettent en lumière la place des «intermédiaires» et leur rôle dans le montage des opérations financières conclues entre des sociétés bancaires et des responsables officiels libyens.Selon Abdul Magid Breish, directeur de la LIA depuis juin 2013, «cette plainte, en rapport avec celle déposée à l’encontre de Goldman Sachs en janvier 2014, reflète le souhait de la nouvelle gouvernance de la Libyan Investment Authority de rectifier les erreurs précédemment commises et de recouvrer ces fonds substantiels qui seront investis pour soutenir le peuple libyen».Le précédent régime libyen a laissé derrière lui de nombreux défis à relever. «La Libyan Investment Authority est déterminée à mettre en place une nouvelle stratégie pour le futur. Le conseil d’administration s’est engagé dans un programme de transformation à court et moyen termes afin de consolider la LIA et améliorer sa gestion en favorisant les bonnes pratiques afin que l’institution puisse à l’avenir faire des choix pertinents en matière d’investissements», conclut le communiqué.