Si les nouvelles orientations retenues par le gouvernement français semblent globalement favorables à la compétitivité générale du pays, le risque lié à la mise en œuvre de ce programme est toutefois significatif du fait de son ampleur sans précédent, des contours encore imprécis d’un grand nombre de mesures, des tensions politiques ambiantes et de la fragilité de la croissance économique, souligne Moody’s Investors Service dans un nouveau rapport publié le 4 août. En conséquence, même si le déficit est appelé à conserver une trajectoire baissière, le pays n’apparaît pas en mesure d’atteindre ses objectifs budgétaires en 2014 et 2015. Le gouvernement français a récemment réorienté sa stratégie budgétaire en privilégiant les mesures d'économies pour financer des allègements fiscaux visant à relancer la compétitivité. Son plan prévoit notamment 18 milliards d’euros d'économies sur les dépenses publiques en 2014 et 50 milliards d’euros entre 2015 et 2017. Les administrations publiques de tous niveaux sont concernées par ces mesures d'économies qui sont essentiellement centrées sur les précédents postes de dépenses, notamment les collectivités locales, la santé et la protection sociale. Dans l’hypothèse où elles seraient pleinement réalisées, ces mesures soutiendraient le profil de crédit de la France. Moody’s fait cependant observer que «60% des économies prévues à l’horizon 2015-17 restent encore à préciser, un constat de faiblesse également repris par des institutions nationales telles que la Cour des comptes et par des observateurs internationaux comme l’UE et le FMI». Par ailleurs, du fait de son ampleur sans précédent, cette politique d’assainissement budgétaire expose la France au risque significatif inhérent à sa réalisation. Les mesures de maîtrise des dépenses de santé sont notamment plus contraignantes que par le passé et la réduction des transferts sociaux est politiquement impopulaire. La mise en œuvre du programme du gouvernement s’annonce d’autant plus ardue dans un contexte de croissance atone, estime Moody’s. L’Insee prévoit d’ailleurs une croissance inférieure à l’objectif fixé dans le Budget 2014. En outre, le Haut Conseil des finances publiques s’est déclaré préoccupé par les perspectives de croissance pour 2015 et juge optimistes les prévisions du Pacte de stabilité pour 2016 et 2017. Moody’s a révisé à la baisse ses propres prévisions de croissance pour l'économie française, à 0,6 % en 2014 et 1,3 % en 2015 (contre respectivement 1% et 1,5% auparavant). De manière générale, Moody’s note que la France continue à se montrer moins performante que les autres pays notés Aa1 sur le plan budgétaire, d’où sa perspective négative, et sensiblement moins performante que les pays Aaa. Si actuellement l’écart entre la France et le Royaume-Uni (Aa1, perspective stable) en termes de niveau global de dette et de déficit public n’est pas particulièrement marqué, le R-U affiche néanmoins de meilleurs antécédents en termes d’assainissement budgétaire, le poids de sa dette est appelé à être moins élevé et le pays a, par ailleurs, déjà été en mesure de mettre à exécution un programme d'économies de grande ampleur depuis 2010.