A l’instar de bon nombre de ses homologues, le gestionnaire d’actifs Schroders a adressé il y a quelques jours un véritable plaidoyer en faveur d’une pause réglementaire dans le secteur de la gestion d’actifs ou, pour le moins, d’un changement de posture de la part des régulateurs. A l’occasion d’une conférence organisée à Londres pour la presse internationale les 13 et 14 novembre, Massimo Tosato, vice-président exécutif de la société de gestion, a en effet invité les régulateurs à changer de tactique en adoptant une posture visant davantage à soutenir la croissance de l’industrie de la gestion d’actifs. S’il approuve pleinement les nouvelles règles mises en œuvre après la crise financière, qui ont permis «de réduire le risque systémique et de mieux protéger les investisseurs finaux et les marchés financiers», le dirigeant observe cependant que «nous avons connu six années de réglementation et nous n’en voyons pas la fin». «Il semble même que de nouvelles idées de réglementations émergent tous les jours», s’est amusé Massimo Tosato.Le dirigeant estime qu’il est donc temps pour les régulateurs de changer de ton et de passer d’une réflexion axée sur «la gestion des risques et la répression» à des règles qui soutiennent la croissance «qui est aujourd’hui un sujet majeur dans l’actuel contexte européen». «Je pense que ce serait le bon moment pour les régulateurs de penser différemment et de songer à des réglementations qui favorisent la croissance du marché», a ainsi déclaré Massimo Tosato. «La gestion d’actifs en tant qu’industrie est un maillon essentiel entre l’offre et la demande de capital. Et le fonctionnement des marchés de capitaux est très dépendant du bon fonctionnement de la gestion d’actifs dans un monde où les gérants professionnels se substituent aux investisseurs individuels.» Pointant du doigt les parts de marché des dépôts d’un côté et des investissements de l’autre, le dirigeant juge que la question la plus essentielle à l’heure actuelle est de savoir «comment mobiliser ces sommes considérables qui sont assises sur des dépôts à travers l’Europe vers l’investissement à long terme». D’autant plus que Massimo Tosato juge que «la mobilisation de capital peut soutenir la reprise économique». «Plutôt que de se plaindre de ce qui ne marche pas, les régulateurs doivent commencer à penser à ce sujet et essayer de faire quelque chose pour permettre la croissance», a-t-il plaidé souhaitant voir les régulateurs «réfléchir à des outils paneuropéens pour l’investissement à long terme». Des propos qui ont été repris en grande partie par Sheila Nicoll, head of public policy chez Schroders, qui a remarqué que «les régulateurs doivent arrêter de considérer les gestionnaires d’actifs comme un autre type de banques». Au cours de cette même intervention, Massimo Tosato a également mis en exergue l’influence croissance de la révolution digitale sur l’industrie de la gestion d’actifs. «Le digital a des impacts sur notre métier à trois niveaux: dans la manière de gérer l’argent, dans la manière de gérer nos relations avec les clients et, enfin, dans la manière dont nous distribuons nos produits auprès des clients», a-t-il énuméré. Sur le premier point, le dirigeant a observé que «de nouvelles sociétés inventent de nouvelles formes de gestion de l’argent via l’utilisation de nouvelles approches scientifiques telles que le big data». Il a ensuite noté que la plus grande interaction née du développement des médias sociaux a pour conséquence de modifier en profondeur les relations quotidiennes avec les clients ainsi que la manière dont une société gère sa marque. «Nous possédons la marque mais nous ne la contrôlons plus», a déclaré Massimo Tosato. Les gens passent un temps considérable sur Internet et les médias sociaux et nous devons être capables de réagir rapidement à tout moment. Cela pose donc des questions sur notre capacité à dédier des ressources à cette activité mais aussi des questions sur la compliance en termes de risques et de contrôles.»