La rémunération totale moyenne des présidents exécutifs des 120 plus grandes sociétés françaises cotées n’a augmenté que de 1,2% en 2013 et atteint 2.909.000 euros, selon le dernier rapport annuel sur la rémunération des dirigeants présenté le 26 novembre par Proxinvest. Toutefois, la rémunération maximale socialement acceptable de Proxinvest (240 SMIC, soit 4,76 millions d’euros) est désormais dépassée par 18 présidents exécutifs contre seulement 13 en 2012.«Certains comportements vertueux ainsi que la nouvelle pression de l’Etat actionnaire ont donc eu un impact modérateur qui a contrebalancé les excès de certaines sociétés et la rémunération moyenne des dirigeants du CAC 40 recule ainsi de 2,5% pour atteindre 3. 968.000 euros», observe la société de conseil aux investisseurs. Arnaud Lagardère, gérant associé commandité de Lagardère SCA, est cette année en tête du classement avec une rémunération totale de 16,6 millions d’euros (+296%). Ayant bénéficié d’un prélèvement sur le bénéfice distribuable de 13,1 millions d’euros suite à la plus-value de cession d’EADS, le problème de la rémunération dans les sociétés en commandite par actions est posé puisque le prélèvement de 1% du résultat peut être assimilé à une forme de rente dont sont exclus les autres actionnaires. Bernard Arnault (LVMH) occupe la deuxième place avec 11 millions d’euros malgré des résultats qui n’ont pas été exceptionnellement brillants sur l’exercice 2013 (+2% du résultat opérationnel courant ; résultat net stable). Il bénéficie notamment d’un bonus annuel de 2,2 millions d’euros supposé variable mais qui n’a jamais bougé sur les exercices 2008 à 2013. L’ancien directeur général d’Havas, David Jones, occupe la troisième place suite au versement d’une indemnité de départ de 5,4 millions d’euros qui ne semble pas conforme au code AFEP-MEDEF puisque le départ n’était officiellement pas contraint. Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, est quatrième avec 9,7 millions d’euros. Il bénéficie d’une rémunération fixe de 1.230.000 euros supérieure à la moyenne du CAC 40 et d’une rémunération équivalente à 7 millions d’euros versée par Nissan. La nature et les critères de calcul de la rémunération versée par Nissan manquent encore de précision malgré un article L225-102-1 al. 3 du code de commerce précis sur le sujet. La cinquième place du classement revient à Chris Viehbacher, l’ancien directeur général de Sanofi, avec 8,6 millions d’euros de rémunération totale. Celle-ci est toutefois composée d’une rémunération actionnariale de 5 millions d’euros dont il ne devrait pas bénéficier puisque les conditions de présence ne seront pas remplies (les modalités financières de son départ n’ont toutefois pas encore été précisées par Sanofi). Au-delà de la question du quantum se pose aussi la question du lien avec la performance des éléments du contrat. Proxinvest observe que moins d’un dirigeant sur deux possède une rémunération de long terme, ce qui est préoccupant pour les investisseurs. Alors que les stock-options ont presque disparu, certaines modalités de rémunération continuent à faire polémique, principalement les retraites chapeau. Faute de transparence, le coût annuel des retraites chapeau n’est pas pris en compte dans les calculs de Proxinvest (Arnaud Lagardère, Bernard Arnault et Carlos Ghosn sont bénéficiaires de tels régimes). On constate toutefois que seuls 6 dirigeants du CAC 40 ne bénéficient pas de tels régimes. Le code AFEP-MEDEF est intervenu tardivement et de manière laxiste sur le sujet des retraites chapeau et Proxinvest encourage les sociétés à remplacer les généreux régimes à prestations définies par des régimes à cotisations définies, plus transparents et moins coûteux pour l’actionnaire (entre autres, Veolia Environnement, modification approuvée à 99,67% des voix de l’AG). En 2014, les problèmes rencontrés ont justifié une opposition de Proxinvest dans 70% des « Say On Pay ». En 2015, «Proxinvest recommandera d’allonger la mesure de la performance des plans à long terme sur 5 ans, vérifiera la mise en place de politique de détention en actions des dirigeants et la mise en place de mécanisme de restitution de rémunérations variables (« clawback »)», souligne un communiqué. Proxinvest attendra également de l’Etat régulateur de veiller au respect de la loi, notamment l’article L225-100-2 al. 3 du code de commerce qui exige le détail des rémunérations et de leurs modalités de calcul de la procédure des conventions réglementées. Sans respect total de la loi, les actionnaires se trouvent dépourvus face à leur responsabilité de contrôle de la rémunération des mandataires sociaux.