C’est une problématique qui intéresse tous les grands régulateurs de la planète. Faut-il encadrer les activités du secteur de la gestion d’actifs? Des deux côtés de l’Atlantique, les réflexions et les initiatives se multiplient. Tout récemment, le régulateur britannique, la FCA, a décidé de d’encadrer le secteur, et aux Etats-Unis, le Conseil de surveillance de la stabilité financière, le FSOC, a lancé une consultation fin 2014. La publication des réflexions du Fonds monétaire international (FMI) dans son dernier rapport de stabilité financière s’inscrit dans cette veine. Le FMI s’interroge dans un chapitre d’une bonne quarantaine de pages sur les risques du secteur. Non seulement ceux liés à certains segments comme les hedge funds à levier ou les fonds monétaires, déjà bien identifiés, mais également à ceux qui se logent du côté de produits d’investissement beaucoup plus courants comme les fonds communs de placement, les mutual funds, et les ETF."Cette attention renouvelée à de possibles risques dans les activités de gestion d’actifs est motivée par la croissance du secteur, son intérêt plus marqué pour les obligations moins liquides, et par l’inquiétude suscitée par le fait que dans certaines économies avancées, de nombreux fonds achètent de plus en plus d’actifs similaires, alors que les banques ont arrêté la tenue de marché», remarque Gaston Gelos, responsable au FMI de la division Global Financial Stability Analysis. Le FMI rappelle que les actifs gérés par le secteur dépassent les 75.000 milliards de dollars, ce qui représente plus de 100% du PIB mondial. Les fonds obligataires notamment ont enregistré une forte croissance, en investissant dans des actifs moins liquides comme les obligations émergentes ou encore les obligations corporate à haut rendement. Ce qui a accru le hiatus entre la liquidité des actifs des fonds et les engagements, de nombreux fonds donnant la possibilité aux investisseurs de racheter leurs titres sur une base quotidienne. L’analyse du FMI souligne notamment que les investissements dans les mutual funds affectent le prix des actifs, au moins dans les marchés moins liquides, comme celui des obligations émergentes. Ensuite, les options de remboursement facile peuvent exacerber le risque d’une ruée des investisseurs souhaitant réaliser des rachats immédiats. Certains fonds ont même adopté des dispositifs qui accordent une prime aux premiers sortants. D’un autre côté, les fonds plus risqués se protègent en détenant davantage d’actifs liquides et en imposant des commissions de rachat plus élevées. Troisième point, la délégation de la gestion de portefeuille au jour le jour entraîne des problèmes de motivation entre les investisseurs finaux et les gérants de portefeuille. Ce qui peut entraîner des comportements moutonniers, de plus en plus fréquents ces dernières années. Quatrième et dernier point, la taille du fonds n’est pas forcément un élément déterminant du risque systémique. C’est plutôt la nature des investissements des gérants qu’il convient d’analyser pour appréhender le niveau de risque. Dans ce contexte, une meilleure supervision passe par l’examen des risques au niveau des établissements. Actuellement, l’accent est plutôt mis sur la protection de l’investisseur et la transparence de l’information. Les régulateurs devraient mettre en œuvre une supervision beaucoup plus poussée avec des données améliorées, des indicateurs de risque, une analyse de ces risques avec l’introduction de tests de résistance. Autrement dit, les dispositifs actuels en matière de liquidité , de gestion des risques ou encore de tarification devraient être revus pour mieux prendre en compte le rôle systémique du secteur et la diversité des produits.