Pour les sociétés de gestion, la réglementation est devenue une problématique permanente. Déjà en place ou sur le point d'être mises en œuvre, les textes réglementaires, AIFMD, EMIR, OPCVM V ou encore MIFID 2/MIFIR, donnent l’impression d’un processus de sédimentation imperturbable malgré les contradictions qu’il engendre. La nouvelle Commission européenne semble avoir pris conscience de cette évolution pernicieuse. «On ne veut pas réguler pour réguler», a lancé Julien Jardelot , policy officer à la Commission européenne au sein de la division Infrastructures de marché, le 6 mai à Paris à l’occasion d’un «Amphi» de l’AFTI " organisé en partenariat avec la FBF, l’AF2i, l’AFG, l’Afic et l’Aspim. Citations à l’appui, Julien Jardelot a insisté sur la volonté du nouveau commissaire aux services financiers, Jonathan Hill, de ne plus produire autant de législation que par le passé, de réduire si possible les charges administratives et de «détricoter» si nécessaire ici ou là. Du petit lait pour le président de l’AFG, Paul-Henri de La Porte du Theil, qui a salué cette nouvelle posture. «L’horizon semble s'éclaircir du côté de Bruxelles», a estimé le président de l’association professionnelle qui a souligné que le Livre Vert et le projet d’Union des Marchés de Capitaux constituaient des ouvertures très positives et intéressantes. Côté français, le ministre de l'économie, Manuel Macron, semble également aller dans le bon sens en appelant de ses vœux une épargne financière de long terme et en invitant les investisseurs institutionnels à s’engager également sur la voie du long terme et des actifs plus risqués. Le seul problème, a poursuivi Paul-Henri de La Porte du Theil, est que les dispositifs envisagés ne vont pas forcément dans le même sens. A l’instar de la directive Solvabilité II qui ne milite pas franchement pour le long terme. Cela dit, certains chantiers progressent bien même s’ils restent diversement appréciés. C’est le cas de la directive AIFM. «On peut dire que nous avons atteint la vitesse de croisière. La période des agréments est derrière nous», a indiqué Xavier Parain, secrétaire général adjoint de l’AMF qui a précisé que 323 sociétés étaient désormais agréées AIFM. Et 40% des sociétés qui n’avaient pas l’obligation de solliciter l’agrément ont pourtant décidé de franchir le pas. Autrement dit, la directive a vraiment été perçue comme une opportunité de développement en Europe, ce que corrobore les demandes de passeport gestion et surtout produits. Par ailleurs, le reporting AIFM semble bien maîtrisé. «Il nous faut maintenant exploiter la richesse des données», a remarqué Xavier Parain. La plupart des acteurs participant au débat ont apporté une appréciation positive sur la directive. Stéphanie Saint-Pé, directrice des affaires juridiques et fiscales à l’Aspim, a estimé que dans l’immobilier, la directive a constitué «une vraie révolution» qui a nécessité une mobilisation de tous les instants mais qui a aussi dynamisé un secteur qui commence à s’ouvrir à l’international. Anne Delamarche-Shadid, directeur général de Permal Group, a souligné pour sa part les bienfaits d’une réglementation qui a entraîné une réorganisation des données, source de davantage de transparence et de fiabilité mais elle a aussi regretté le manque d’harmonisation européenne. Et c’est probablement dans cette direction qui vont une bonne partie des aspirations du secteur. «Il faut remettre l’investisseur au centre du débat et travailler dans le sens de la standardisation, de l’harmonisation et de la transparence», a lancé en forme de conclusion Eric Wohleber, directeur général de BlackRock France.