Alors que les élections européennes de 2019 approchent à grand pas, définir les priorités à venir devient crucial. À l’occasion de la conférence annuelle de l’EFAMA qui se tient ces mercredi et jeudi à Bruxelles, Sven Gentner, responsable de l’unité asset management de la Commission européenne, Wolf Klinz, membre du Parlement européen, Emmanuel Doumas, senior policy officer à l’ESMA et Stéphane Janin, directeur du développement réglementaire chez Axa IM ont analysé les grands enjeux européens à venir pour l’industrie de la gestion d’actifs.Si la plupart des panélistes se sont accordés à saluer les travaux déjà effectués pour établir un cadre réglementaire solide ils ont en revanche pointé du doigt plusieurs inquiétudes et notamment celle de plus en plus importante des citoyens européens vis-à-vis de leur retraite. En effet, selon une étude réalisée récemment par la fondation Eurofound, 58 % des hommes et 54 % des femmes interrogés dans les 28 pays européens se déclarent inquiets à ce propos. La prochaine gouvernance européenne devra s’attaquer à ce sujet et à son financement, notamment via le développement de l’épargne retraite. D’autant que la population européenne connait une phase de vieillissement intense en même temps qu’elle devrait diminuer de près de 10 % d’ici à 2050.« Le problème vient avant tout d’un manque cruel de simplicité dans les produits financiers proposés aux épargnants, a déploré Sven Gentner. Lorsque vous achetez une voiture vous choisissez généralement entre sept ou huit marques dominantes et le choix est finalement assez simple. C’est très différent sur le marché des produits financiers où l’offre est pléthorique et les produits souvent très complexes, ce qui repousse continuellement l’investissement des particuliers. Il faut donc encourager l’industrie à créer des produits simples pour répondre aux besoins les plus classiques. »Une analyse partagée par Wolf Klinz, qui pointe cependant du doigt un autre écueil. Selon lui, c’est surtout la connaissance financière des citoyens plutôt que la simplicité des produits eux-mêmes qui pose problème. « Aujourd’hui, un citoyen européen devrait sortir de l’école et avoir des connaissances basiques sur les marchés financiers et sur la manière d’investir, a-t-il insisté. La problématique est donc pédagogique et devrait commencer par un travail sur l’éducation. »De son côté, Stéphane Janin a voulu souligner l’importance d’une meilleure orientation de l’épargne des particuliers vers des produits financiers « utiles ». Il a notamment mis en avant l’importance de l’ISR et de l’ESG dans les années à venir. « L’investissement responsable doit être l’une de nos priorités, a-t-il souligné. Ces questions sont le parfait point d’entrée pour les épargnants sur le marché et pourraient ainsi résoudre le problème actuel d’inadéquation entre l’épargne disponible et le besoin de financement de l’économie réelle. »Un point sur lequel l’ensemble des panélistes se sont accordés, insistant même sur le fait que la création d’un cadre légal performant pour l’ISR dans les années à venir pourrait donner un avantage compétitif très important à l’Europe, si elle parvient à en faire un standard mondial.Autre sujet d’importance, la poursuite d’une plus grande supervision du marché et de ses acteurs. En effet, si certains intervenants n’étaient pas d’accord sur l’efficacité du cadre réglementaire actuel, ils ont tous insisté sur la nécessité d’augmenter la supervision et de poursuivre les travaux récemment effectués sur les bases de données (AIFM, MIFID II, PRIIPS, etc.). Un enjeu majeur pour continuer à améliorer la transparence et la qualité des informations disponibles pour les investisseurs. « Les travaux de l’ESMA iront dans ce sens, a indiqué Emmanuel Douglas. Pour cela, nous devrons également augmenter nos interactions avec d’autres pays et établir un cadre permettant des comparaisons plus simples. » Par ailleurs, ce dernier a évoqué un nouveau rôle que pourrait endosser le régulateur européen de la gestion d’actifs dans les années à venir. Un rôle beaucoup plus proactif concernant les propositions d’évolutions réglementaires.Enfin, la question du Brexit a évidemment été débattue. Véritable « cauchemar » pour les uns, il est une « opportunité » pour les autres. Dans tous les cas, un consensus se dégage sur l’idée que composer sans les Britanniques va fortement changer le cadre de réflexion puisque ces derniers étaient souvent à l’origine des travaux sur bon nombre de régulations. Il faudra également composer avec une nouvelle gouvernance européenne qui s’annonce plus éclatée que la précédente et où, pour le moment, aucune majorité ne semble se dessiner au vu des dernières projections.