Europerformance et l’Edhec ont créé un classement européen des sociétés de gestion jugées sur leur capacité à créer de l’alpha (Cf.classement Alpha League Table 2015 et la méthodologie en pièces jointes). Dans sa version 2015, Newsmanagers a interrogé les responsables des cinq meilleures sociétés qui, après avoir détaillé les caractéristiques de leur gestion et de leurs meilleurs fonds créateurs d’alpha, ont fait part de leurs convictions pour les mois à venir… N° 1 DNCA Finance confirme son statut de centre d’expertise sur l’EuropeEn dépit d’une ADN value marquée, DNCA Finance est parvenue à tirer son épingle du jeu en 2014. La société de gestion termine lauréate de l’Alpha League Table (ALT) 2015 avec des chiffres impressionnants comme une fréquence d’alpha de 86,11 % et une note de 3,11 %, sensiblement supérieure à l’année dernière (1,50 %) où DNCA avait fini en deuxième position. Interrogé sur le succès de sa société, Jean-Charles Mériaux qui préside DNCA et dirige sa gestion, a rappelé les maitres-mots de l’établissement : « Prudence, patience, persévérance ». « Après un bon premier semestre, les choses se sont compliquées, avec des creux de l’ordre de 10 % », a-t-il résumé en expliquant que la gestion avait cependant maintenu ses positions et s’était gardée de faire du trading. « Au contraire, nous avons renforcé nos positions», a-t-il ajouté. Dans le détail, la surexposition au secteur des télécoms, la sous exposition au secteur bancaire et aux valeurs pétrolières ont largement aidé à la performance de la gestion. Parmi les fonds ayant contribué aux résultats de DNCA Finance, outre DNCA Invest Value Europe, les OPCVM LIFE investi sur les infrastructures et DNCA Invest South Europe Opportunities se sont distingués – comme l’an dernier. « Ces deux fonds affichent un track record de près de dix ans et ne sont pas exposés à des risques particuliers en étant sectoriels ou investis sur une zone étroite de la zone euro », a insisté Jean-Charles Mériaux. « A propos de LIFE », a-t-il ajouté, « les besoins sont importants et nous allons très loin dans le thème en accueillant par exemple des infrastructures sociales. Pour le fonds investi sur le sud de l’Europe, le dirigeant a par d’ailleurs réaffirmé ses convictions sur l’intérêt de jouer encore la convergence des économies des pays du sud vers les pays du nord. « Ce thème est durable et porteur », a-t-il rappelé. Enfin, compte tenu des très bons résultats d’ensemble des fonds alpha – à l’exception de Centifolia plus à la peine en cours d’année – Jean-Charles Mériaux ne s’est pas dit tenté par un élargissement de sa gestion vers l’international. « Nous l’avons déjà fait, a-t-il rappelé, en indiquant que la société disposait de DNCA Invest Global Leaders dans sa gamme, piloté par Rajesh Varma. A ce titre, ce dernier va être épaulé prochainement par une nouvelle personne de nationalité chinoise, a annoncé le dirigeant. La gestion internationale va être complétée car le responsable a reconnu qu’il était bon de savoir ce qu’il se passe hors d’Europe. Cela étant, Jean-Charles Mériaux l’a réaffirmé : DNCA se veut avant tout un centre d’expertise sur l’Europe… N°2 : Comgest recrée de l’alpha à l’international mais l’Europe reste son terrain de prédilectionComgest revendique une image d’investisseur de long terme. La société de gestion ne boude pas pour autant sa deuxième place au classement annuel de l’Alpha League Table 2015. Directeur des investissements, Arnaud Cosserat a justifié ce bon résultat sur un an par les objectifs de sa gestion fixés plutôt à… cinq ans. D’où en général une détention peu ou prou équivalente des titres au sein des portefeuilles des fonds émergents. « Cette stratégie connait de bonnes et mauvaises année », a reconnu Arnaud Cosserat qui n’en a pas moins rappelé les bons classements « habituels » de la société de gestion à l’ALT. Sur le plan de la gestion pure, le responsable a admis que le ralentissement de la croissance mondiale et d’inflation faible a servi sa gestion puisque Comgest investit dans des entreprises maintenant une croissance durable de leurs résultats. Concernant la configuration de cette année, et le retour à de meilleures fortunes pour les fonds à l’international - contrairement à l’année passée ou les fonds européens avaient été les créateurs d’alpha - Arnaud Cosserat a rappelé que la Chine et l’Inde ont fortement contribué à générer de l’alpha. Les fonds de la société de gestion investis sur ces deux marchés ont très nettement battu les indices, a insisté le responsable. Moyennant quoi, sur les émergents, l’ensemble de la gamme s’est trouvé dans le premier quartile, voir décile de leur catégorie, sur un an, trois ans et cinq ans... Pour 2015, Arnaud Cosserat dont la société de gestion a fêté ses vingt-cinq ans l’an passé entend se montrer « contrarian » et privilégier les marchés moins exposés. Comme les fonds investis sur le marché américain et japonais. N°3 SMA Gestion tire profit de sa gestion « tout terrain »Le « stock picking » qui constitue la base du processus de gestion de SMA Gestion aura joué son rôle. Sans macroéconomie, sans allocation sectorielle, sans style de gestion, la société dirigée par Philippe Desurmont se retrouve au classement Alpha League Table en troisième position, comme l’année dernière, en ayant affiché une meilleure fréquence d’alpha (52,78 %). Compte tenu de la liberté de la gestion que s’offre SMA Gestion, Philippe Desurmont a justifié son classement en revendiquant le terme de gestion « tout terrain », sans biais, si ce n’est de se porter vers des entreprises durablement rentables et à un bon prix. Dans le détail des fonds, un nouvel OPCVM a fait son apparition par rapport à l’an dernier parmi les différents fonds alpha de la société. Parmi les trois fonds investis sur le vieux Continent -dont deux uniquement sur la zone euro et le dernier sur l’Europe - Philippe Desurmont a justifié le très bon comportement de Bati Actions Investissement, « majoritairement investi sur la zone euro mais qui peut investir à titre de diversification sur des marchés hors zone comme la Suisse », a-t-il expliqué. Or, la Suisse via des sociétés pharmaceutiques un temps bradées a largement contribué à la performance du fonds. Quoi qu’il en soit, la gestion prudente et de long terme conforme à celle d’une filiale d’un assureur est aussi un élément à prendre en compte, a expliqué Philippe Desurmont. Et de rappeler, à titre d’illustration, que le taux d’investissement dans sa gestion était très faible, de l’ordre de 6 % -7 % Enfin, invité à se prononcer sur la nouvelle donne des marchés cette année et sur la façon d’en profiter, le dirigeant a naturellement relevé les points positifs liés à la baisse du pétrole et de l’euro, à la stimulation de la BCE et au retour à plus de croissance dans la zone euro. «Néanmoins, je serai plus prudent», a affirmé le responsable qui voit encore de nombreuses pierres d’achoppement, comme le surendettement des Etats, loin d’avoir disparu. «En outre», a-t-il ajouté, «les valorisations des deux côtés de l’Atlantique sont très élevées et de façon homogène, ce qui n’était pas le cas dans d’autres phases de marchés comme au début des années 2000. Dans ce cadre, nous sommes favorables à reprendre des stratégies d’arbitrages, neutre marché ou non, via deux fonds distincts figurant dans la gamme de SMA Gestion», a conclu Philippe Desurmont. N°4 : Lazard Frères Gestion a pu compter sur sa gestion en zone euroDirecteur de la gestion actions et de la recherche actions chez Lazard Frères Gestion, Régis Bégué ne le conteste pas. 2014 a été une année compliquée pour les gérants actifs. Quand bien même sa société de gestion, qui figure depuis cinq ans parmi les dix premiers de l’Alpha League Table, est entrée dans les cinq premiers cette année en améliorant sa fréquence d’alpha d’une année à l’autre (45,23 % contre 44,39 %). Pour le responsable, la recherche de dividende à tout crin a obéré les méthodes d’évaluation traditionnelles des entreprises. « Cette recherche n’est pas antinomique avec la gestion, a insisté Régis Bégué, mais si elle domine complétement la valeur d’appréciation de l’entreprise, elle peut perturber la gestion de nombreux gérants. » La prise en compte de cette donnée et le stock picking mené par la gestion de Lazard Frères Gestion lui aura néanmoins permis de surperformer le marché. Dans le détail, il ressort que ce sont via les fonds investis sur les grandes valeurs de la zone euro que la qualité de la gestion a été mise en valeur, et non sur le fonds investi sur le marché des petites et moyennes capitalisations, pourtant considéré comme le « jardin naturel » des stock pickers. Pour Régis Bégué, cette caractéristique s’explique du côté des grandes valeurs par une gestion très opportuniste couvrant un grand nombre de thèmes loin de s’enfermer dans une gestion typée. « Cela explique notre alpha parfois plus faible que celui produit par d’autres sociétés de gestion mais beaucoup plus fréquent, a précisé le gérant qui a insisté sur le fait que sa société croisait analyses micro-économique et macroéconomique. En revanche, sur le marché des petites valeurs, Régis Bégué a admis que la très forte déconnexion des choix de valeurs et de l’alpha du gérant avec l’indice de référence n’a pas payé comme attendu. Interrogé également sur le très bon comportement du fonds de la gamme investi au Japon, qui a créé de l’alpha chaque mois au cours de la période d’observation, le responsable a indiqué que l’univers d’investissement retenu par la gestion était limité aux seules grandes valeurs. Depuis de nombreuses années, le Japon subit une mue très importante de la gouvernance de ses entreprises, de leur façon de communiquer, a-t-il détaillé. Par ailleurs, ce marché profite d’une politique accommodante de la banque centrale. « L’expérience de notre gérant est un de nos atouts pour ce marché qui offre pour 2015 un potentiel intéressant », a conclu Régis Bégué. N°5 : State Street améliore nettement sa fréquence d’alpha et sa note Très connue pour sa gestion systématique passive et ses ETF, State Street Global Advisors dispose également d’une gestion quantitative active et performante. Ce qui vaut à la société de gestion de figurer parmi les cinq premiers du classe ALT en gagnant cinq places par rapport au classement de l’ALT 2014, tout en améliorant à la fois sa fréquence d’alpha, son alpha moyen et sa note. Directeur des investissements de la société de gestion, Frédéric Jamet est revenu sur la capacité de la gestion quantitative de State Street à travailler des univers d’investissement large comme le MSCI Europe et à réaliser une construction de portefeuilles en optimisant le couple rendement/risque sous le contrôle d’une équipe de gestion. Dans ce cadre, l’Europe a permis à State Street de s’illustrer grâce, entre autres, à un fonds « min vol ». Les marchés émergents d’Asie ont également permis à State Street de créer de l’alpha. « Notre gestion quantitative s’exprime bien dans des marchés qui ne sont pas chaotiques», a confirmé Frédéric Jamet. Sur l’Europe, la gestion s’est illustrée via des titres de qualité, à faible volatilité et appartenant à des secteurs défensifs. De la même façon, l’Asie et la Chine en particulier aura permis à la gestion de s’illustrer. En revanche, dans des marchés heurtés, les résultats sont moins en vue. « Au Brésil, nous n’avons pas pu réitérer avec la même force nos résultats enregistrés en Asie », a concédé le dirigeant. Pour 2015, considérant les performances des marchés et leur valorisation, le directeur des investissements considère le marché américain comme étant plutôt cher. En revanche, en Europe, les marchés vont profiter de la baisse de l’euro et de la mise en place du QE par la Banque centrale européenne. Le tout dans un contexte de taux négatif. « Il faudra tenir compte d’un changement de thématique », a-t-il assuré « avec une rotation qui favorise désormais les valeurs cycliques, de croissance et petites capitalisations ».Cela étant, Frédéric Jamet ne compte pas négliger les marchés émergents. A un horizon d’un an, ils paraissent peu chers, a-t-il reconnu. « Mais il faudra mener une gestion active », prévient-il, et faire des choix de pays et des choix de titres car ces pays ne constituent pas un ensemble homogène.