Les acteurs européens de la gestion d’actifs ont définitivement tiré un trait sur la crise financière de 2008. En 2014, pour la première fois, les profits de l’industrie en Europe de l’Ouest ont en effet dépassé leur niveau de 2007, révèle l’étude annuelle du cabinet McKinsey publiée aujourd’hui et réalisée auprès de 300 sociétés de gestion dans le monde représentant 60% des encours mondiaux. De fait, au cours de l’exercice écoulé, les acteurs européens ont dégagé 11,2 milliards d’euros de bénéfices, contre 10,4 milliards d’euros en 2013 et 10,6 milliards d’euros en 2007. Une performance qui correspond à une hausse de 6% des profits par rapport à 2007. L’Europe de l’Ouest est toutefois loin d’être un cas à part. L’année 2014 est en effet l’année de tous les records pour l’industrie mondiale de la gestion d’actifs, les bénéfices atteignant des points hauts historiques dans toutes les régions du monde, selon McKinsey. Ainsi, les sociétés d’Amérique du Nord ont réalisé des bénéfices de 30,3 milliards d’euros en 2014, en hausse de 12,2 % par rapport à 2013 et de 29 % par rapport à 2007. Dans les pays émergents, les bénéfices s’établissent, pour leur part, à 8,4 milliards d’euros en 2014, en progression de 12% par rapport à 2013 et, surtout, de 79% par rapport à 2007 !De même, en 2014, les encours sous gestion ont atteint de nouveaux sommets pour s’établir à 57.000 milliards d’euros, soit 5.000 milliards d’euros de plus qu’en 2013. Cette progression a d’abord été tirée par la bonne performance des marchés mais aussi au retour d’une collecte nette très positive égale à 3,3% des encours en 2014. Une sacrée performance alors que depuis la crise financière, la collecte oscillait entre -2 % et +2%, observe le cabinet. La dynamique est particulièrement bonne en Europe, avec une croissance de 4% de la collecte, tandis que le marché américain a renoué avec une collecte nette positive après six ans de décollecte en moyenne, grâce à l’apport des clients particuliers. Pas question pour autant de sombrer dans un optimisme béat. De fait, si les profits et les encours sont au plus haut partout dans le monde, les marges sur encours restent toujours sous pression, celles-ci restant encore inférieures à leur niveau d’avant la crise financière, note McKinsey. A l’échelle mondiale, la base de coûts des gestionnaires d’actifs ont en effet augmenté de 44% depuis 2007. « C’est l’un des points saillants de notre étude : les coûts ont augmenté en 2014 en parallèle de la hausse des encours, observe Jonathan Klein, partner chez McKinsey et co-auteur de l’étude. L’industrie n’a donc pas profité de la bonne année 2014 pour traiter cette problématique. » Une hausse des coûts qui se retrouve dans tous les domaines : commercial, marketing, informatique, gestion de fonds… autant de charges qui ont augmenté au même rythme que les encours tant en Europe qu’aux Etats-Unis.En Europe, plus particulièrement, « ce sont les coûts informatiques et opérationnels qui ont progressé le plus fortement, souligne Jonathan Klein. Cette situation est notamment liée à la préparation des acteurs aux impacts de la réglementation MIFID 2 qui exige plus de transparence et plus d’effort dans la qualité des informations à transmettre aux investisseurs. Cette contrainte implique donc des coûts informatiques pour s’assurer que les sociétés de gestion donnent la bonne qualité de reportings. Cela induit aussi des hausses de coûts de conformité, les sociétés de gestion ayant d’ailleurs étoffé leurs équipes dédiées. »L’étude met d’ailleurs en exergue la nécessité pour les sociétés de gestion de gagner en agilité à l’avenir. Une impérieuse nécessité « afin de mieux gérer leur structure de coûts et de mieux préparer et anticiper les évolutions réglementaires », note Jonathan Klein. Une agilité qui doit également être à l’œuvre dans le développement des produits. « Les sociétés de gestion doivent en effet être capable de mieux accompagner l’évolution du marché et des besoins des investisseurs, avance Jonathan Klein. Les sociétés de gestion doivent surtout éviter d’avoir trop de flux concentrés sur un petit nombre de stratégies. » Autant de défis à relever pour les acteurs mondiaux de la gestion d’actifs.