Un « sentiment de diminution des frais de gestion » au cours des cinq dernières années. Tel est l’un des premiers constats établis par l’étude réalisée par la société Indefi conjointement avec L’Agefi sur les frais de gestion. Tant auprès de sociétés de gestion que d’investisseurs. Présentée par Richard Bruyère, associé fondateur, au cours du Forum de la Gestion d’Actifs 2015 la semaine dernière, l’étude a justifié cette «tendance» par un ensemble de facteurs. La baisse des taux tout d’abord. Une forte concurrence ensuite. Richard Bruyère a ainsi recensé 60 investisseurs pour 120 prestataires en France. Par ailleurs, le responsable a également rappelé que la gestion indicielle avait aussi fait son œuvre, et que la réglementation dans le cadre de la distribution de fonds ainsi que la démographie – qui met les systèmes institutionnels sous pression – ont leur part de responsabilités dans ce sentiment de place. Cela étant, la perception de la baisse des frais n’est pas identique selon la nature des sondés, il s’en faut. Les sociétés de gestion par exemple évoquent à près de 80 % une baisse en tendance des frais de gestion sur les cinq prochaines années, contre 45 % pour les investisseurs. Une distorsion qui peut s’expliquer de plusieurs manières, « à commencer par l’absence fréquente de cohérence en matière de tarification », a expliqué le responsable d’Indefi. Par ailleurs, une personne sur deux dans l’étude a indiqué systématiquement renégocier les frais de gestion, alors que le pouvoir de négociation des intéressés est très variable. « On en revient à la question du pouvoir de négociation relatif du client vis-à-vis de son fournisseur », a confirmé Richard Bruyère en indiquant néanmoins que l’on peut distinguer des segments de marché dans lesquels l’investisseur est simple « price-taker » et ceux dans lesquels il est en position de « force » et devient « price-maker ».Dans ce cadre, a-t-il ajouté, à une extrémité du spectre figurent les clients particuliers souscrivant des produits en architecture fermée dans un réseau intégré - ce sont des price taker, à l’exception des droits d’entrée, à la discrétion du distributeur. A l’opposé, figure le marché institutionnel. « Essentiellement le segment de la délégation sur les classes d’actifs centrales (« core ») en formats dédiés », a-t-il expliqué. C’est ici que la pression à la baisse est la plus forte, qui plus est dans le cadre d’un appel d’offres, a-t-il relevé, tout en notant que tout le marché institutionnel n’est pas logé à la même enseigne. Dans la même logique, le pouvoir de négociation dépend aussi des classes d’actifs. Sur le marché institutionnel, il faut ainsi distinguer les délégations cœur sur les classes d’actifs incontournables des délégations dites périphériques. « Sur ces classes d’actifs secondaires, les institutionnels viennent par « choix » et, jusqu’à présent renégocient peu. C’est le cas de l’alternatif par exemple ou du non coté. Cependant, la situation évolue vite. Au couple « frais de gestion fixes/ frais variables » de 2 %-20% se substitue un couple plus proche de « 1.5%-20% », a fait remarquer l’auteur de l’étude. La question de savoir si, afin de baisser la charge due aux frais de gestion, les investisseurs institutionnels français sont tentés d’accroître le poids de la gestion indicielle a également été abordée. Mais, sur ce point, Richard Bruyère a estimé qu’une conversion massive vers la gestion indicielle n’apparait pas comme la voie privilégiée par les institutionnels en France. Compte tenu de la prédominance des actifs assurantiels et le biais des investisseurs français en faveur de la gestion active – benchmarkée ou de convictions – la gestion indicielle ne représente que 8 % des encours délégués à fin 2014, soit 19 milliards, a-t-il justifié. A titre d’exemple , en Suisse, la proportion est de 42 %, en Italie de 20 % ou en Allemagne, de 16 %. A noter que les seuls ETF captent pour leur part 7 milliards d’euros – principalement des ETF actions utilisés en gestion tactique. L’étude d’Indefi aborde également la question des commissions de surperformance qui se sont effectivement répandue. Traditionnellement cantonnées à la gestion « performance absolue » ou sur des classes d’actifs illiquides, on les retrouve de plus en plus fréquemment dans les autres classes d’actifs (en particulier dans les fonds collectifs actions et diversifiés, soit environ 20% des supports). Pour la gestion collective, c’est un moyen de compenser la baisse des commissions de gestion fixes. A leur sujet, dans l’univers des investisseurs professionnels, les avis restent partagés. D’un côté, les institutionnels les remettent rarement en question dans les gestions périphériques comme la gestion alternative - et ses carried interest,- à moins qu’ils préfèrent se tenir à l’écart de la classe d’actifs si celle-ci est jugée « trop chère » comme cela a été le cas de Calpers récemment. En revanche, dans les classes d’actifs traditionnelles, on retrouve aujourd’hui plus de réticences que de partisans, « malgré l’argument de l’alignement d’intérêt, et même dans les formats dédiés où l’horizon de placement est unique et n’est pas déformé par des flux externes ». L’étude pointe cependant le risque d’explosion des coûts de gestion en cas de forte hausse des marchés. A titre de conclusion, Indefi indique que les sources de pression sur les tarifs ne vont pas disparaitre mais que les évolutions vont être très différentes entre le « mass market » dans lequel les investisseurs sont «price takers» et les marchés de produits dédiés dans lesquels les investisseurs sont «price makers». Dans le premier domaine, le premier enjeu sera celui de la transparence et de la lisibilité. Le second enjeu sera celui de l’auto-régulation, en particulier sur des pratiques de tarification indirecte « antédiluviennes » selon les termes de Richard Bruyère. Et de citer les commissions de mouvements, les formules de commissions de surperformance « fantaisistes » (absence de high water-mark, choix de benchmarks non appropriés…). «Je vois deux risques principaux», à insisté l’associé fondateur : à court terme, une régulation exogène des tarifs – via par exemple un plafonnement réglementaire des frais. A moyen terme, le risque porte sur l’émergence de modèles disruptifs visant à désintermédier les sociétés de gestion et leurs distributeurs». Dans le deuxième domaine, le principal enjeu sera celui de la transparence et la précision. Le constat actuel indique que la tarification rémunère d’une manière monolithique une variété de prestations qui ne répondent pas nécessairement à la même logique. A cet égard, il peut être utile de faire preuve de plus de transparence et d’adapter les modèles de tarification différenciés en fonction des briques constitutives de la chaine de valeur de la prestation. «Mais cela suppose que les investisseurs sachent ce qu’ils veulent et ce qu’ils achètent (performance, vs. prestation de gestion de risques, vs. services…)», a rappelé Richard Bruyère Enfin, à terme, on pourrait assister à des évolutions plus structurelles au niveau du modèle de tarification (exemple d’indexations de la tarification sur l’active share, la volatilité…) au lieu d’une indexation simple au volume géré...