L’Espagne pourrait-elle devenir le futur eldorado de la gestion collective ? « C’est un marché encore petit par la taille, mais depuis trois ans, il enregistre une croissance spectaculaire, la plus forte d’Europe », explique à Newsmanagers, Richard Bruyère, président d’Indefi. Le cabinet de recherche vient de boucler une étude sur la place des fonds d’investissement dans ce pays, en interrogeant une centaine de distributeurs de fonds et d’investisseurs institutionnels.Premier constat, le marché est certes deux fois plus petit que l’Italie, un marché bien identifié par les asset managers ces dernières années comme étant prometteur, mais deux fois plus gros que celui de la Belgique, un pays où quasiment tous les acteurs français sont présents.Deuxième constat, le marché de la distribution de fonds, qui représente 250 milliards d’euros à fin 2016, est totalement cerné par les banques espagnoles : elles en détiennent plus de 80% selon l’étude. Ce marché a commencé à exploser à partir de 2013 et enregistré une croissance de 16% par an en moyenne. En pleine crise financière, crise de la dette et renforcement de la réglementation sur les fonds propres des banques, ces dernières ont fait en sorte que l’épargne de leurs clients aille davantage vers les fonds de placements que vers les produits de bilan, comme les dépôts. Et les particuliers ont suivi. D’abord parce que les taux d’intérêt des dépôts bancaires, qui étaient encore plus élevés qu’ailleurs, ont fini par s’affaisser et, d’autre part, pour des raisons purement fiscales. « Chaque fois qu’un arbitrage sur un fonds est effectué en faveur d’un autre, il n’y a pas d’impôts sur la plus-value éventuelle. C’est une disposition fiscale historique », explique Agnès Lossi, associée d’IndefiTroisième constat : l’architecture ouverte y est très développée. Les producteurs locaux sont peu nombreux : sorti des Caixa, BBVA et Santander AM, difficile de trouver d’autres grands noms domestiques. Près de 40% des encours sont en architecture ouverte, soit près de 100 milliards d’euros. Et cette ouverture est entièrement contrôlée par les acteurs étrangers, y compris les Français qui détiennent au moins 15 milliards d’euros d’encours. Indefi s’est aussi, bien sûr, intéressé au marché des investisseurs institutionnels. Deux segments très différents cohabitent : celui des fonds de pension et celui des assureurs. « Ce dernier marché est le plus important avec 210 milliards d’euros d’encours, mais il n’est pas du tout en architecture ouverte », explique Richard Bruyère. Les assureurs ont ainsi pour pratique d’adosser des produits obligataires simples aux offres de produits d'épargne.Par contre, selon Indefi, le marché des fonds de pension y est très intéressant pour tout fournisseur de fonds. «Ils sont très friands de fonds ouverts et ont très peu de mandats sur mesure. Cela veut dire que pour les sociétés de gestion, il n’y a pas besoin de ressources supplémentaires et il y a un continuum d’activité entre distribution et institutionnels. Certes la taille n’est pas là, mais la croissance est là, ainsi que le prix », conclu Richard Bruyère.