La première journée du traditionnel séminaire d’automne de Feri à Francfort (il s’agit de la 22ème édition), celle qui est destinée à planter le décor macro-économique, aura permis de constater que l’institut de recherches économiques/agence de notation/gestionnaire de fortune se sent confirmé dans l’optimisme conjoncturel qu’il avait manifesté au printemps. A présent que les chiffres ont parlé, il est clair que la reprise mondiale a démarré cette année, grâce aux mesures de stimulation adoptées par les Etats et que l’inflation est probablement sous contrôle jusqu’à 2011 au moins.Cela posé, Rainer Rau, l’un des fondateurs de Feri qui demeure le «conférencier-maison», souligne en contrepoint que le chômage va demeurer élevé pour quelque temps encore et que la croissance sur le long terme sera inférieure de 0,5 point par an à ce qu’elle était avant la crise, principalement en raison de la baisse de la contribution des financières au PIB et aussi à cause du gonflement de la dette publique.Mais l’économiste ne veut pas bouder son plaisir. D’abord, compte tenu du redémarrage de l’activité, il compte que la baisse du PIB mondiale se limitera pour 2009 à 2,3 %, au lieu des 2,5 % prévus voici un semestre. Il table en revanche pour 2010 sur une forte croissance de 3 % au lieu de 2 %. En ce qui concerne la zone euro, Feri prévoit à présent des augmentations du PIB de 0,3 % pour juillet-septembre et de 0,4 % pour octobre-décembre, ce qui serait suivi d’un gain de 0,3 % au premier trimestre 2010 et d’une timide progression de 0,1 % au deuxième trimestre... avant une réaccélération au second semestre de l’an prochain. Ce trou d’air début 2010 s’expliquerait par un problème de soudure : les mesures d’aide ponctuelles (prime à la casse, par exemple) auront cessé de produire leur effet alors que les plans de relance ne se seront pas encore traduits en investissements concrets.Rainer Rau et Feri demeurent très optimistes en ce qui concerne les «rising countries» (pour l’heure essentiellement les BRIC, mais on pourra y ajouter un jour l’Argentine, le Vietnam et la Corée), ceux qui disposent à la fois de la taille critique et la richesse. Quatre arguments militent pour ces étoiles montantes: ils sont loin d’avoir atteint la saturation en matière de consommations, ils ont des besoins énormes d’investissements en infrastructures, leur épargne intérieure est supérieure aux besoins d’investissements et, enfin, il s’y développe une nouvelle classe moyenne avec des exigences nouvelles en matière de consommation et de logement.Des perspectives d’investissement toutes en nuancesIl existe évidemment un risque qu’une partie du potentiel de croissance ait déjà été intégrée dans les cours des actions, vu la forte hausse observée depuis mars, constate de son côté Tobias Schmidt, l’un des dirigeants de Feri EuroRating: on pourrait dès lors redouter que certains marchés ne fassent du sur-place. Sur le plan géographique, Feri crédite l’Amérique du Nord et l’Asie de la meilleure marge de hausse du marché des actions pour les mois à venir, même si la Chine est actuellement «un peu surévaluée, mais pas de beaucoup». Les trois secteurs préférés pour les actions sont la construction, les matières de base et les services publics, les trois queues de liste étant l’automobile, la distribution et les banques.En ce qui concerne les marchés obligataires et les titres d’Etat, Feri privilégie actuellement l’Europe et la zone euro, parmi les pays développés, et l’Europe de l’Est, parmi les émergents. D’une manière générale, le potentiel n’est pas véritablement bon: «de l’upside pour les taux, pas pour la performance», résume Tobias Schmidt. Quant aux obligations d’entreprises, la belle période que nous avons pu connaître ces derniers mois ne va pas se poursuivre et il convient d’être particulièrement sélectif sur les signatures que l’on rentre dans son portefeuille.Sur les matières premières, Feri demeure positif pour les cinq ans à venir pour les métaux industriels et les produits agricoles, mais il crédite le grand vainqueur de ces dernières années - le pétrole - d’un très bon potentiel de hausse des prix (13,1 % en moyenne pour la période 2010-2015), sauf si des technologies nouvelles ou un effondrement de la conjoncture venaient perturber le cours prévisible normal. Parce que l’on sait que la demande de pétrole va augmenter, mais à l’inverse ont ne sait pas quelle sera l’évolution des réserves, qui est une question de prix de revient. Les métaux industriels sont également intéressants, mais il est nécessaire de diversifier le portefeuille.Pour l’immobilier, enfin, Feri est sûr que l’Asie sera le premier marché à se ressaisir, puisque le processus est quasiment déjà en cours. En Europe, cette classe d’actifs a «trouvé son plancher» et l’on constate que les investisseurs commencent à revenir, notamment les fonds d’investissement. En d’autres termes, il faut être vigilants pour trouver encore des actifs intéressants, au Royaume-Uni, à Londres plus particulièrement, à Paris et, dans une certaine mesure, à Madrid. En revanche, pour s’engager outre-Atlantique, on sera avisé d’attendre courant 2010...