Dans le cadre d’une table ronde organisée par amLeague et Newsmanagers, Thierry Dissaux, président du Fonds de Garantie des Dépôts: Nous sommes un investisseur assez particulier parce que nous avons une exigence de fond : nous devons à tout moment pouvoir liquider l’intégralité ou la majeure partie de nos actifs pour intervenir lors d’une défaillance bancaire, soit intervenir en remboursement des déposants ou intervenir dans une résolution de crise bancaire. Les deux premières exigences qui sont les nôtres sont celles de liquidité et de sécurité, la performance venant en second. Nous avons à peu près deux milliards d’euros d’actifs sous gestion, essentiellement sur des produits monétaires court terme pour les raisons que je viens d’indiquer. Notre allocation d’actifs aujourd’hui, c’est à peu près 75 % de fonds monétaires court terme, 20 % d’obligataires, mais avec une duration inférieure à deux ans, et une poche actions qui représente à peu près 5 % de nos actifs. Notre gestion est externalisée. Nous sélectionnons de manière régulière des sociétés de gestion sur chacune de ces trois poches et exclusivement sous la forme de fonds dédiés. On remet régulièrement en cause ces mandats avec un rythme de 3 à 5 ans. Nous travaillons avec une douzaine de sociétés de gestion et beaucoup d’entre elles interviennent sur la partie monétaire. Nous avons a priori une allocation d’actifs qui reste figée, sauf catastrophe particulière. Rien ne nous empêche à tout moment de débrancher un gérant et de basculer sur un autre en tant que de besoin, mais, généralement, nous ajustons la composition entre les sociétés de gestion en fonction de leurs performances et de leurs rentrées de trésorerie. Nous prenons les gérants les plus performants a priori. Cela s'équilibre ou se déséquilibre au fil du temps. Notre horizon de jugement par essence ne peut pas être court. On donne toujours le temps aux sociétés de gestion de montrer leurs performances, surtout quand on traverse une période compliquée comme celle d’aujourd’hui. Nous nous sommes interrogés sur la possibilité d’utiliser soit de la gestion indicielle, soit des ETF, évidemment. Et nous nous y sommes refusés. Si nous nous portons sur la gestion indicielle, nous allons utiliser un gérant pour faire des choses qui sont le décalque du marché et cela ne nous intéresse pas beaucoup. Si nous nous lançons dans l’indiciel pur, nous choisirions un produit de type ETF. Mais en procédant ainsi, nous nous placerions dans une position vers laquelle on se refuse complètement d’aller : nous poser la question tous les matins de savoir si nous restons dans le marché ou si nous en sortons. Ce n’est pas notre métier. Notre métier est d’abord d’intervenir dans des difficultés bancaires à partir de la masse d’actifs qui est la nôtre. Ce n’est pas de suivre au quotidien le marché pour savoir s’il faut rentrer ou sortir. C’est vraiment le travail des gérants. Cela nous ramène à la gestion active. J’ajoute que ce qui nous retient aussi d’aller vers l’indiciel est également lié à nos contraintes. Nous avons construit des mandats de gestion d’actions qui sont en dehors du secteur financier. L’idée n’est pas de se méfier du secteur financier. Nous pensons que les banques sont solides et peuvent performer sur les marchés actions. Simplement, notre risque principal est celui des banques. Donc nous décorrélons une partie de notre gestion d’actifs via des mandats actions hors secteur bancaire. C’est le cas pour tous nos mandats actions.