Jean-Louis Charles, directeur des investissements d’AG2R La Mondiale à la rédaction de www.institinvest.com : Notre problématique est de savoir comment pénétrer directement les nouvelles classes d’actifs, que l’on appelle les loans. Nous sommes en train de regarder des sujets de fonds dédiés au financement des collectivités locales, des infrastructures ou de cofinancement. La problématique de désintermédiation du financement de l'économie nous pose un problème de ressources pour l’analyse des différents dossiers qui nous sont proposés. Les ressources que nous avons en termes de multigestion nous sont très utiles pour la sélection des fonds. Nous avons une démarche où nous associons les responsables de la gestion taux, puisque le sous-jacent est taux, et les responsables de la multigestion, qui apportent leur expertise de sélection, de due-diligences. En dehors des critères classiques de track-record ou de stratégie d’investissement, nous sommes sensibles à la pérennité des équipes. Beaucoup de nouvelles structures sont constituées de membres qui ont été débauchées de banques ou d’asset managers, avec un vrai risque à ce niveau-là. En 2012, nous avions décidé d’affecter 200 millions d’euros au financement alternatif, qui n’ont pas été consommés. Nous avons consommé environ 80 millions sur 200, car nous restons très sélectifs. Nous accompagnons la baisse des taux et nous nous refusons à déserrer les contraintes pour aller vers plus de risque. Nous suivons aussi avec attention les évolutions réglementaires souhaitables sur ces sujets-là. Sur la base de la réglementation, je ne sais pas encore quel pourcentage ces nouvelles classes d’actifs pourraient représenter au sein de notre allocation. Mais aujourd’hui, nous avons prévu de mettre 15 % des flux d’investissement dans tout ce qui est financement alternatif au financement bancaire. Et si demain on me disait que 20 à 25% de notre allocation d’actif est sous forme de prêt, de façon générale quels qu’ils soient, soit des fonds, des cofinancements, des financements de projets, des PPP, cela ne me choquerait pas. Mais le chemin sera très long parce qu’il faut des ressources et qu’il y aura probablement quelques mésaventures en termes d’investissement. La réflexion en termes de moyens dédiés au sourcing de ces fonds est en cours, même si nous sommes encore au stade de l’expérimentation. Plutôt que de nous reposer sur des expertises externes, nous envisageons plutôt des mutualisations avec des acteurs de taille similaire. La liquidité compte aussi pour nous énormément avec la façon dont seront traités ces actifs dans Solvabilité II. Il faut que nous sachions s’il y aura un jour un marché si nous devons vendre. Nous sommes aussi attentifs au rendement : la dette infrastructure peut nous intéresser mais tout dépend du taux proposé. A l’heure actuelle, cela reste un marché limité. Quant au private equity, cela reste pour nous une classe d’actif extrêmement marginale, représentant environ 150 millions d’euros dans notre bilan. Il était condamné par Solvabilité II, nous sommes en train de nous reposer la question d’y investir, mais cela restera marginal.