C’est un entretien qui mérite le détour. D’abord parce qu’il s’agit d’une figure de la gestion d’actifs qui se prête au jeu de l’entretien en la personne d’Edouard Carmignac, fondateur et président de la société de gestion éponyme. Ensuite parce que ce dernier ne se confie que très rarement à la presse, sinon par le biais de ses fameuses lettres ouvertes aux dirigeants de ce monde, au président François Hollande ces temps-ci, à Jean-Claude Trichet lorsqu’il dirigeait la banque centrale européenne. Enfin, Edouard Carmignac répond aux questions de la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung dans le cadre d’un entretien croisé, avec une autre figure de la gestion d’actifs d’outre-Rhin, Friedrich von Metzler.Edouard Carmignac estime notamment que les investisseurs d’Europe du Sud, les Français y compris, sont plus prudents que leurs voisins du nord de l’Europe, notamment les Allemands, plus enclins à prendre des risques. Edouard Carmignac reconnaît toutefois que son produit le plus vendu outre-Rhin est son fonds phare, Carmignac Patrimoine, mais il ajoute que le véhicule qui vient juste derrière est son fonds de matières premières qui se vend même mieux en Allemagne qu’au Royaume-Uni.Le responsable français relativise son propos en précisant qu’il considère les Allemands plus ouverts à la prise de risque par comparaison avec les Espagnols ou les Italiens. Et Friedrich von Metzler estime pour sa part que les Allemands devraient avoir un peu plus de courage pour investir dans les actions, surtout dans une perspective intergénérationnelle.Edouard Carmignac défend par ailleurs son utilisation des dérivés, beaucoup plus pratiques de son point de vue pour modifier une exposition actions compte tenu de la taille des actifs sous gestion de Carmignac."C’est plus rapide et plus avantageux», estime le gestionnaire français. Friedrich von Metzler, en revanche, n’en veut pas, sauf pour un assureur ou un investisseur institutionnel dans le cadre d’un mandat dédié.Quid de la succession ? Friedrich von Metzler, qui a 70 ans, a cédé la gestion opérationnelle il y a déjà trois ans. Edouard Carmignac, 65 ans, se montre beaucoup plus évasif. Une certitude, l’entreprise devrait rester dans la famille. Mais dans la pratique, qui prendra les rênes : son plus jeune fils, sa fille Maxime ou quelqu’un d’autre… Son successeur devrait être le meilleur possible et prendre le relais au meilleur moment possible. Affaire à suivre...