SMABTP accumule les difficultés. Il y a quelques mois, le mutualiste, assureur de référence du BTP, n’avait pas réussi à convaincre la cour d’appel de Paris de bloquer la fusion du géant des bureaux franciliens, la foncière Icade, avec un autre géant dont il possédait 4 %, Silic. Maintenant, son offre publique d’achat sur la Foncière Société de la Tour Eiffel (STE) et son patrimoine de 900 millions d’euros d’immobilier de bureaux, bien qu’ayant eu le feu vert de l’Autorité des marchés financiers (AMF), risque d'être suspendue et peut-être invalidée. La cour d’appel de Paris tranchera. Un recours y a été déposé vendredi soir, limite du délai imparti pour une action en justice, par le principal actionnaire (à 29 %) de STE, l’homme d’affaires français Chuc Hoang. Très discret en affaires mais renommé dans le monde du poker, le millionnaire n’a pas abattu ses cartes avant le dernier moment, maximisant l’effet de surprise et s’assurant que la partie adverse n’aurait pas le temps de réagir à ce recours, qui est suspensif. Avec STE, plus petite que Silic, SMABTP vise un placement en immobilier en évitant l’inconfortable position de minoritaire. C’est toutefois là que le bât blesse. L’argumentaire du recours est simple : SMABTP étant une société d’assurances mutuelles, donc à objet non commercial, elle ne peut pas posséder la majorité d’une société cotée - donc à but lucratif - et dont l’activité n’a aucun lien avec son métier d’assureur. Ses statuts le lui interdisent, tout comme le Code des assurances, qui n’autorise que des acquisitions d'éléments d’actifs ou des placements, selon l’avocat de Chuc Hoang, maître Jean-Pierre Versini-Campinchi. Le recours de Chuc Hoang développe également d’autres arguments, comme l’incertitude sur l'évolution du capital et un prix d’offre (48 euros par action) insuffisant. Recours suspensif Reste que l’OPA sur STE a été approuvée par le conseil d’administration de STE (où Chuc Hoang n’est pas représenté) et validé par l’AMF. Il ne sera pas évident de convaincre la cour d’appel d’invalider cet accord. Chuc Hoang, en conflit avec la direction de STE, a déjà échoué en justice l’an dernier, débouté de sa demande de convoquer une assemblée générale pour recomposer le conseil (sa plainte pour abus de biens sociaux reste en cours). Il joue serré et la partie n’est pas gagnée. Mais peut être n’espère-t-il pas tant gagner qu’amener la partie adverse à relever le prix. Et ne détesterait sans doute pas déclencher un changement de direction chez SMABTP, pour qui le recours en appel risque d'être dur à gérer, car il est suspensif et suit de près un premier bras de fer au long cours pour Silic, dans un monde, l’assurance, d’ordinaire feutré.