Les actifs gérés par les banques suisses ont pratiquement doublé au cours des dix dernières années. Mais, plus important encore, leur composition a évolué de manière spectaculairement défavorable. Les actifs privés étrangers sont passés de 28% du total en 2003 à 11% en 2014, tandis que les investisseurs institutionnels étrangers représentent actuellement près de la moitié des actifs, contre le quart il y a dix ans, selon des statistiques rassemblées par L’Agefi suisse. Ce qui créé un sérieux problème de revenus pour les banques: les actifs privés offshore rapportaient de 150 à 180 points de base au début des années 2000 alors que l’institutionnel étranger, en particulier lorsqu’il est placé en sous-dépôt, ne génère que quelques points de base. Si l’on s’en tient aux chiffres bruts, la place financière a connu une croissance soutenue au cours de la dernière décennie. De 3.293 milliards de francs en octobre 2013, les établissements financiers suisses géraient 5.104 milliards en janvier 2014, selon les chiffres du Bulletin mensuel de la Banque nationale de mars 2014, utilisés dans une présentation de Genève Place Financière. Ou même 6.136 milliards, selon le baromètre bancaire 2014 de Swissbanking, repris dans une présentation de Jacques de Watteville, du Secrétariat d’Etat aux questions financières (SIF) en fin d’année passée. Cette impression de croissance est d’ailleurs confirmée par le flux continu de nouveaux actifs dont ont bénéficié les grands acteurs ces dernières années.Mais dans le détail, la réalité semble beaucoup plus complexe. De 28% fin 2013 (soit 922 milliards de francs), le poids des particuliers étrangers est passé à 11% début 2014, soit 558 milliards si l’on prend le total des actifs selon la BNS ou 675 milliards si on choisit le chiffre du SIF. En pourcentage comme en chiffres bruts, la chute reste considérable. Or ces actifs sont nettement moins rémunérateurs qu’auparavant, relève Franz de Planta, le gérant indépendant genevois et président de l’OAR-G, qui a présenté hier cette analyse au conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet. Dans l’ancien monde bancaire suisse, les avoirs privés non déclarés rapportaient entre 150 et 180 points de base, en brut. Dans le nouveau monde, ce niveau oscille plutôt entre 80 et 120 points de base. Pour plusieurs raisons: il est difficile de facturer 1 à 1,5% d’honoraires de gestion alors que les marchés sont difficiles et les taux d’intérêt à zéro, ce qui a poussé les clients à privilégier le cash. Enfin, la concurrence des banques des pays de résidence des clients est devenue une réalité.