Les grands de la gestion d’actifs se sont-ils écrits ? Concertés ? Se sont-ils passé le mot ? On peut légitimement s’interroger à la lecture des principales informations de cette semaine. En effet, de près ou de loin, pas moins de cinq sociétés de gestion que l’on peut qualifier de majeures dans le monde de l’asset management ont revu qui leur direction, qui leur organisation, qui leur activité ! Une incroyable coïncidence dans une semaine pourtant promise à une petite activité compte tenu des vacances scolaires… Dans le détail, BNP Paribas a été l’un des premiers à créer la sensation en annonçant en début de semaine le départ de son directeur général, Philippe Marchessaux. Ce dernier, qui avait relevé d’importants défis comme l’intégration des équipes de gestion issues de ABN Amro AM, Fortis IM et BNP Paribas Investment Partners, et avait également mené à bien la mise en place du modèle actuel de BNP Paribas IP, a eu plus de difficultés pour faire renouer sa société de gestion avec la collecte. Il part se consacrer à d’autres projets au sein du groupe, et laisse sa place à un autre responsable de la banque de la rue d’Antin, Frédéric Janbon. Dont on devine aisément la feuille de route… Vingt-quatre heures plus tard, Groupama Asset Management, qui avait enregistré il y a peu le départ de son directeur général adjoint et directeur des gestions Antoine de Salins, a officialisé une nouvelle organisation. Avec cette fois pour objectif de favoriser la « transversalité entre les équipes et raccourcir les circuits de prise de décision».A l’international, remise à plat et refonte sont des termes dont on perçoit aussi le sens. Credit Suisse, par exemple, a annoncé le recentrage des activités du groupe sur la gestion de fortune et l’Asie. Par ailleurs, la banque va faire appel au marché, ce qui ne manquera pas d’entraîner une restructuration profonde du groupe. Quelques jours plus tôt, Deutsche Bank avait également rebattu les cartes dans son organisation. Avec la volonté de réduire la complexité dans son management et mieux répondre aux besoins de la clientèle et aux exigences des autorités de surveillance. Moyennant quoi, parmi les grandes refontes, l’activité de gestion d’actifs va être scindée en deux.De l’autre côté de l’Atlantique, on sait également repartir d’une feuille blanche. Fidelity Investments a ainsi revu en profondeur sa distribution auprès des institutionnels via, notamment, la création de l’organisation Fidelity Institutional Asset Management (FIAM). Pendant ce temps, d’autres grandes sociétés de gestion, encore loin de ces remises à plat d’envergure, n’en posent pas moins leurs banderilles ici ou là. Telle Amundi qui, en moins d’une semaine, a annoncé l’arrivée d’un nouveau directeur général pour l’Italie, un autre pour l’Allemagne et un autre encore pour la Tchéquie… Enfin, même si le dossier n’en est pas au même stade de développement, il est utile de rappeler que Banque Degroof Petercam a confirmé que la croissance externe était toujours à son menu. Et la banque ratisse large en l’occurrence en ciblant pas moins de trois métiers : la banque privée, la gestion d’actifs et la banque d’affaires… Et du côté des investisseurs ? Bonne nouvelle, cette semaine, ces derniers semblent avoir retrouvé un peu de dynamisme. En tout état de cause, ils sont revenus sur les actifs risqués. Les fonds dédiés aux actions, toutes zones géographiques confondues, ont ainsi attiré, en une semaine, 2,6 milliards de dollars, selon les données d’EPFR Global. Mieux encore, on notera que les fonds spécialisés sur les actions émergentes ont enregistré leurs premières entrées nettes en 14 semaines. Pour un montant de 700 millions de dollars ! Enfin, terminons cette lettre… par une autre lettre. Adressée celle-là au Président de la République et cosignée autour du président de Paris Europlace par sept personnalités représentatives du monde de l’entreprise, des hautes organisations européennes, de l’université. « Attention à la Place Financière de Paris en cas d’adoption d’une taxe sur les transactions financières limitée à 11 pays européens sur 28 », explique en substance la missive. D’autant que la dite taxe ne serait pas la manne financière attendue car «elle affecterait directement les entreprises et entraînerait la délocalisation de pans entiers de l'économie des pays concernés et d’emplois qualifiés ». Les co-auteurs vont-ils être entendus ? Pas sûr… En tout cas, ils ne pourront pas compter sur les députés de la majorité qui, par voie d’amendement, ont décidé, il y a quelques jours, d'élargir à compter de fin 2016 le champ de la taxe sur les transactions financières (TTF). C’est un peu la limite des écrits. L’encre à peine séchée, certains d’entre eux doivent se préparer à rester… lettre morte.