La mise en oeuvre de l’initiative Minder contre les rémunérations abusives n’a entraîné aucun effet sur les rémunérations des dirigeants, selon un sondage du cabinet de conseil Knight Gianella réalisé en collaboration avec le Corporate Governance Competence Center de l’Université de St Gall. Elle a en revanche rendu le recrutement d’administrateurs plus difficile. Sur les 150 membres de conseils d’administration sondés par le cabinet de conseils en matière de recrutement, 80% estiment que l’Ordonnance contre les rémunérations abusives (ORAb) est restée sans effet sur les salaires versés aux administrateurs et membres de directions, précise Knight Gianella. Un résultat jugé surprenant eu égard aux vifs débats qu’avait suscités l’initiative Minder avant son adoption. 80% des sondés ont déclaré que l’ORAb n’a pas d’effet sur la rémunération des conseils d’administration et de la direction. «Après les vives discussions publiques autour de la rémunération des conseils d’administration et des membres de la direction, ce résultat crée la surprise» a déclaré Sandro V. Gianella, associé de Knight Gianella. En parallèle cette enquête met également en évidence que les conditions de travail des conseils d’administration se sont dégradées par rapport à l’année précédente. Avant la mise en place de l’initiative Minder, le moral des conseils d’administration était positif à 59%. À ce jour encore 44% manifeste une attitude positive. Pour l’avenir ne plus que 36%, tablent encore sur un bon moral. Les raisons de cette évolution sont la forte augmentation de réglementation en la matière suite à l’initiative Minder et le niveau bas de confiance du public dans l’activité des conseils d’administration. «De ce fait, l’investissement en temps et la pression sociétale sur les conseils d’administration ont fortement augmenté» d’après Sandro V. Gianella «et cela se traduit par des revendications de compensations en conséquence». Si, il y a un an, 41% se plaignaient de passer beaucoup de temps pour remplir leurs mandats de conseils d’administration à l’heure actuelle cela concerne 87% des sondés. La pression à communiquer et la pression de la réputation ont augmenté dans les mêmes proportions. Dans l’ensemble l’influence plus forte du public, de la politique, des médias et des actionnaires est perçue en tant que facteur négatif de la part de 59% des sondés (45% l’année précédente). Selon l’avis des conseils d’administration sondés l’influence des actionnaires a clairement augmenté dans les dernières années et pour 73% des sondés cette augmentation continuera. Sur l’augmentation de l’importance des conseillers de vote dans l’avenir pratiquement tous les sondés sont d’accord (93%). Presque tous les membres de CA sondés attribuent une grande importance à une stratégie d’entreprise durable (97%), cependant une grande majorité (73%) ressent fortement d'être soumis au diktat des résultats trimestriels et cela est déclenché entre autre par les attentes des actionnaires. Les conseils d’administration interrogés pensent que le quota de représentation des sexes tel que proposé par le Conseil Fédéral avec 30% de femmes pour les comités de conseils d’administration et de direction n’est que réalisable sous réserve. 38% pensent que le quota peut être réalisé en ce qui concerne les conseils d’administration. Pour autant pas plus que 9% jugent cette directive réalisable pour les directions. Pour un tiers la période de transition de 5 ans doit être prolongée. Le Knight Gianella Baromètre d’opinion des CA montre que, malgré les conditions générales difficiles il y a 55% de mandants sondés qui sont prêts à s’engager dans les entreprises cotées en bourse en qualité de conseil d’administration - ce niveau correspond à celui de l’année précédente. Pour les entreprises non cotées cette disponibilité s'élève même à 62%, ce qui représente en revanche une diminution par rapport à 2014. Les facteurs suivants sont notés comme étant positifs : pouvoir de conception, d’influence et travail stratégique. Par contre, 39% des sondés pense que le recrutement de membres de CA compétents posera plus de difficultés à l’avenir à cause de l’investissement en temps exigé et des risques concernant la réputation. 29% pensent que la qualité des comités de conseils d’administration va diminuer. Sandro V. Gianella : «La nouvelle donne a entrainé une modification des conditions nécessaires pour être conseil d’administration et rend la recherche et le recrutement de nouveaux effectifs d’autant plus exigeante. Les nouveaux conseils d’administration ne doivent pas seulement se distinguer par d’excellentes capacités professionnelles et une très haute qualité managériale, mais aussi par l’aptitude et la disposition en matière de dialogue sociétale et politique ».