Le conseil d"administration français fait-il bonne figure par rapport à ses homologues européens ? A certains égards oui. Mais sur bien des aspects, la réponse est beaucoup plus mitigée. Selon la sixième étude réalisée tous les deux ans par le cabinet de conseil en recrutement de cadres dirigeants Heidrick & Struggles, la France occupe la sixième place au classement 2009 sur un total de treize pays européens. Elle était cinquième dans le classement 2007, un rang équivalent puisqu"elle est devancée cette année par un nouvel entrant dans le classement, la Finlande. Les meilleurs élèves de la classe restent le Royaume-Uni et les Pays-Bas avec des notes de 77 et 71 respectivement sur un maximum de 100 points, contre 60 pour la France. Les trois lanternes rouges du classement 2009 sont l"Allemagne (39), le Danemark (37) et l"Autriche (36). Pour l"étude 2009, qui s"est concentrée pour la France sur l"analyse des sociétés du CAC 40, la méthode de notation, qui remontait à une dizaine d"années, a été revue pour prendre en compte l"évolution des meilleures pratiques. Les résultats pour la France sont stables et juste au-dessus de la moyenne européenne, avec peu d"amélioration depuis 2007. Sur la base des trois composantes de la notation (fonctionnement du conseil, composition du conseil et transparence), les sociétés françaises sont davantage en conformité sur les critères de transparence (94% du maximum) qu"en matière de fonctionnement (50%) et de composition (52%). Au chapitre des bons points, la France réalise de bonnes performances en ce qui concerne l"internationalisation et l"évaluation des conseils. Avec 26% de membres non nationaux, les conseils d"administration français se révèlent plus internationaux que la moyenne européenne. Ce qui constitue un facteur d"ouverture et de renouvellement pour les conseils français. L"évaluation des conseils progresse par ailleurs puisque 78% des entreprises françaises évaluent désormais leur conseil d"administration, contre 50% en 2007. Une évolution jugée positive même si l"indépendance et la transparence de l"évaluation ne sautent pas aux yeux. Peu d"entreprises indiquent qui conduit l"évaluation (25% ne le disent pas du tout) et comment, à savoir si l"évaluation est faite par questionnaire ou interview (56% ne le disent pas). Les conseils français ne brillent pas d"ailleurs par leur indépendance. Alors que l"indépendance des membres était justement l"une des évolutions marquantes du rapport 2007, l"étude 2009 révèle au contraire une réduction de la proportion d"administrateurs indépendants. En France, les comités restent ainsi souvent dirigés par des administrateurs non indépendants. Sur la question de la diversité, on observe tout d"abord que les conseils d"administration français comportent moins de femmes que la moyenne des conseils européens. Le faible pourcentage de femmes, 8,1%, dans les conseils en France, certes en légère augmentation depuis 2007, reflète une difficulté à trouver des dirigeantes ayant l"expérience et la disponibilité requises alors que la demande est très forte, souligne les experts de Heidrick & Struggles. Par ailleurs, s"il est vrai que les conseils français sont assez internationaux, il faut aussi reconnaître que l"internationalisation en question se limite pour l"essentiel à l"Europe. L"étude révèle par ailleurs un vieillissement des conseils d"administration français depuis cinq ans. A 61,6 ans, les membres des conseil d"administration français sont les deuxièmes plus âgés en Europe en 2009. Outre la composition du conseil, son fonctionnement est également perfectible. L"étude montre qu"il y a peu de séparation des rôles entre les présidents et les directeurs généraux des conseils d"administration français. C"est ainsi que 42% des présidents de conseil sont également des dirigeants exécutifs, ce qui constitue la deuxième proportion la plus lourde de convergence des rôles en Europe. Pour plus d"efficacité, le nombre de réunions des conseils en France, tant CA que comités, ainsi que l"assiduité des administrateurs peuvent encore progresser. Les comités français se réunissent en moyenne 13 fois par an, en dessous de la moyenne européenne qui se trouve à 14. Il est vrai aussi que les administrateurs français siègent simultanément dans un grand nombre de conseils d"administration. Enfin, la France a la record de longévité dans les conseils d"administration, avec plus de six ans en moyenne, ce qui pénalise le renouvellement des conseils. Autant d"éléments qui peuvent limiter l"efficacité et la réactivité des conseils d"administration, pourtant déterminantes en période de crise.