Dans la lettre d’information trimestrielle de l’Association française des investisseurs institutionnels diffusée ce matin, Jean Eyraud publie le courrier adressé à Pierre Moscovici, ministre de l’Economie, relatif au projet de taxe européenne sur les transactions financières. Le président de l’association recense quatre impacts majeurs qui justifie la « vive inquiétude chez les investisseurs institutionnels français » : – L’impact de la taxe sur la gestion pour des investisseurs en titres de taux Ce prélèvement supplémentaire intervient dans un environnement de très faibles taux d’intérêt et porte sur de simples opérations de gestion sur des portefeuilles obligataires représentant en moyenne 71% des portefeuilles des institutions selon les chiffres de l’Af2i, soit plus de 1200 milliards d’euros. De quoi «diminuer encore un peu plus la rémunération due à nos ayants droit», note Jean Eyraud.– L’impact de la taxe sur la gestion de nos institutions, porteurs de fonds obligataires et monétaires"Les investisseurs institutionnels utilisent massivement les fonds monétaires pour la gestion de leur trésorerie et, pour 60% d’entre eux, délèguent à des sociétés de gestion la gestion de leur portefeuille obligataire, tant souverain que privé», indique le président de l’association. De fait, cet encours délégué estimé à plus de 500 milliards d’euros supporterait une une double taxation des OPCVM, à la fois sur les opérations de gestion de leur portefeuille et sur les demandes de rachat de parts émanant des investisseurs. Le fait que cela conduise à des rendements négatifs pour les fonds monétaires peut notamment entrainer un retrait assez massif des porteurs français et étrangers de fonds monétaires et obligataires, avec disparition de la plupart des fonds, indique le responsable de l’Af2i. A cela s’ajoute une désorganisation du fonctionnement des marchés interbancaire et obligataire et la perte d’une source importante de financement pour l’Etat, les établissements de crédit assimilés,ainsi que pour les entreprises.– L’impact de la taxe sur le fonctionnement des marchés obligatairesRappelant que les investisseurs institutionnels ne sont pas des investisseurs « passifs », Jean Eyraud rappelle les nécessités d’adossement de leurs passifs par des actifs « ad hoc ». Les flux de capitaux, les cycles de marché, sans parler des crises financières, ou des évènements affectant le crédit des émetteurs,nourrissent leurs besoins de titres à acquérir ou à vendre. De fait, «la TTF pénaliserait cette nécessaire gestion», note le président de l’association qui relève le paradoxe d’une taxe ayant pour effet de réduire les ajustements de portefeuille, en plus d’une diminution des performances. «Les institutionnels ont donc impérativement besoin de marchés financiers obligataires profonds et liquides ; les Etats et les entreprises émettrices aussi, ajoute Jean Eyraud. «Face aux risques de réduction drastique de la liquidité des marchés obligataires, d’abandon probable de certaines activités de tenue de marché par les banques et les courtiers, face à la diminution de l’offre de fonds obligataires spécialisés, quelles solutions peut nous apporter la Commission Européenne ?, s’interroge-t-il.– Impact sur l’usage des instruments financiers dérivés et sur les opérations intra-groupeLes institutions financières, conformément à la réglementation, sont utilisatrices de produits dérivés à titre de couverture pour gérer leurs risques de taux, d’actions, de change ou encore pour anticiper le placement de flux de capitaux en leur faveur. La Directive EMIR va désormais encadrer ces opérations. De ce fait, l’Af2i s’interroge également sur les conséquences pour ses membre d’une réduction drastique de ces opérations, telle que la Commission l’envisage. A titre de conclusion, Jean Eyraud revient sur les risques portés par cette taxe, et notamment sur le fait que «la spéculation sera la première à se déplacer vers les pays européens qui se sont exclus du périmètre de ladite taxe ; sur les risques également d’une délocalisation substantielle de la gestion avec la perte des savoir-faire, l’emploi sur la Place de Paris et dans les métiers du titre liés ; sur le renchérissement aussi des coûts de financement probable ; enfin sur la fin des fonds monétaires qui renforcera la compétition pour la liquidité et la pénurie relative qui affectera les Etats, les banques et les entreprises.