Les grands groupes français ont réduit l’an dernier le déficit de couverture de leurs passifs sociaux à la faveur d’une réduction du montant des engagements. L’application obligatoire de la norme IAS 19 révisée a pu avoir des conséquences sur le montant des capitaux propres Le déficit de couverture des engagements sociaux des 36 corporates du CAC 40 s’est résorbé de 10 milliards d’euros en 2013 pour s'établir à la fin de l’année à 65 milliards d’euros. Ce recul se justifie par une réduction de 6 % du montant des engagements, à 181 milliards d’euros, et par le maintien concomitant de la valeur cumulée des actifs de couverture, à 116 milliards d’euros. L’exercice 2013 a également été marqué par l’application obligatoire de la norme IAS 19 révisée, qui a contraint les entreprises qui l’utilisaient encore à abandonner la méthode de comptabilisation des écarts actuariels dite du corridor ; à fonder le calcul de la charge financière sur un taux d’intérêt unique et à reconnaître l’intégralité du coût des services passés qui n’auraient pas encore été amortis. La réduction du montant des engagements sociaux s’explique par l’augmentation des taux d’intérêt utilisés par les entreprises pour actualiser la valeur finale de leurs engagements. Reflétant en règle générale le rendement des obligations d’entreprises notées AA ou mieux, ces taux ont globalement augmenté, ressortant en moyenne pour les douze entreprises qui communiquent l’information à 3,93 % à fin 2013 contre 3,73 % l’année précédente. En 2013, les cotisations des entreprises et des salariés aux différents plans destinés à couvrir les engagement se sont réduit de 29 %, à 4,7 milliards d’euros, tandis que les prestations versées se sont stabilisées, à 7,3 milliards d’euros. Dans un contexte marqué par les performances contrastées des différentes classes d’actifs, le montant des actifs de couverture est resté stable. L’effet négatif sur la valeur des actifs obligataires de la hausse des taux d’intérêt intervenu au cours de la période a été contrebalancé par les bonnes performances des marchés actions. Pour chaque entreprise, les conséquences de ces évolutions aura été fonction de la composition de son allocation d’actifs, qui se réparti en moyenne pour les sociétés non financières du CAC 40 entre 32 % d’actions, 48 % d’obligations et 20 % d’autres types d’actifs (monétaire, immobilier...). Dans les faits, les allocations d’actifs sont loin d'être homogènes, variant suivant la nature des engagements, leur duration, la zone géographique, la sensibilité au risque, etc. Contrairement à ce que pourrait laisser penser l'évolution relativement stable de la composition moyenne des allocations d’actifs, celles-ci peuvent évoluer dans le temps en fonction de différents paramètres comme a pu le démontrer Air Liquide, qui a réduit de 13 points à 40 % la part des actifs investis en actions dans le cadre de la couverture de ses engagements aux Etats-Unis, tandis qu'à l’inverse Legrand a vu la part globale des actions de ses portefeuilles croitre de 6 points. Au-delà des évolutions financières, certains groupes auront eu à supporter en 2013 les changements comptables induits par l’application devenue obligatoire de la norme IAS 19 révisée. Ainsi, les dix entreprises qui appliquaient encore la méthode du corridor à fin 2012 ont du réintégrer l’ensemble des écarts actuariels non amortis en capitaux propres. La suppression de la possibilité d’amortir le coût des services passés sur la durée restante des engagements a également pu affecter le montant des capitaux propres. De même, il n’est plus possible désormais d’utiliser un taux de rendement attendu des actifs de couverture différent du taux d’actualisation, ce qui a pu se refléter sur le montant de la charge ou du produit annuel enregistré au titre des engagements sociaux. A titre d’illustration, l’application de la norme révisée par le groupe Total a eu pour effet d’augmenter les provisions pour engagement sociaux de 2,8 milliards d’euros en 2013 et de diminuer d’autant les capitaux propres du groupe. Lire la suite : cliquez ici