Les turbulences qui ont agité les économies de marché émergentes à la mi-2013, suite à l’annonce, par la Réserve fédérale, d’une réduction progressive de ses achats d’actifs, ont rappelé que l’activité des grands gestionnaires d’actifs pouvait avoir un impact marqué sur des marchés relativement étroits et peu liquides, souligne une étude publiée par la Banque des règlements internationaux (BRI/BIS) dans son dernier rapport trimestriel et consacrée à la gestion d’actifs dans les économies de marché émergentes. Les données de la base EPFR Global font état d’une augmentation des actifs gérés par les fonds spécialisés dans les marchés émergents : de 900 milliards de dollars en octobre 2007, avant la faillite de Lehman Brothers, ils sont passés à 1 400 milliards de dollars en mai 2014. Les fonds recensés par la base de données EPFR détiennent actuellement quelque 8,5 % de l’encours total des actions et obligations des marchés émergents. Les deux auteurs de l'étude, Ken Miyajima et Ilhyock Shim (BRI), font valoir que ces marchés pourraient être déstabilisés par l’influence croissante qu’exercent ces gestionnaires d’actifs. Si les investisseurs ultimes procèdent à des achats et remboursements simultanés, les fonds pourraient se trouver contraints d’adopter eux aussi des comportements d’achat et de vente identiques. Certaines caractéristiques du secteur de la gestion d’actifs, telles que l’utilisation des mêmes indices de référence et la mesure de la performance relative, peuvent induire une corrélation des schémas d’investissement, à même de favoriser un comportement unidirectionnel des marchés et d’accentuer les fluctuations de prix. De fait, il semble que, ces deux dernières années, les flux d’investissement à destination des gestionnaires d’actifs et les variations de prix des actifs sur les marchés émergents se soient mutuellement renforcés.L'éventualité d’une déstabilisation des marchés émergents par les gestionnaires d’actifs et leurs investisseurs ultimes constitue une problématique dont les responsables politiques devraient se saisir, estime l'étude. L’actuelle réglementation prudentielle du secteur de la gestion d’actifs se concentre sur les aspects microprudentiels et la protection du consommateur. Elle ne traite pas vraiment les problèmes de corrélation des comportements chez les gestionnaires ou la procyclicité des flux investisseurs. La compréhension de ces aspects macroprudentiels constituerait une étape importante pour contrôler les vulnérabilités créées par les gestionnaires d’actifs et adopter une réponse politique appropriée, concluent les auteurs.