Pour sa première prise de parole publique depuis son élection mi-mai à la tête de l’Association française de la gestion financière (AFG), Yves Perrier n’a pas raté son opération de communication. C’est en effet entouré des plusieurs grands patrons de sociétés de gestion – Philippe Setbon (Groupama AM), Jean-François Boulier (Aviva Investors), Jean-Louis Laurens (Rothschild & Cie), Edouard Carmignac (Carmignac Gestion), entre autres – que le président fraîchement élu de l’AFG s’est présenté devant la presse. Une bonne manière surtout d’afficher un front uni à l’heure de défendre les intérêts de la gestion d’actifs française face aux multiples défis et autres contraintes réglementaires auxquels l’industrie est confrontée. «Vu le contexte, nous avons décidé de renforcer la place de l’AFG dans son rôle de porte-parole des épargnants, a déclaré Yves Perrier. L’AFG se situe résolument dans une démarche visant à porter les intérêts de ses clients et à contribuer au développement de l’économie du pays.» Une nécessité à l’heure où, avec le développement de la désintermédiation en France et en Europe, le rôle de la gestion d’actifs va devenir encore plus fondamental, selon le président de l’association professionnelle. Surtout, «nous avons voulu renforcer la capacité de l’AFG à porter ses messages. Et pour y arriver, il faut se mobiliser, a martelé Yves Perrier. C’est important car la gestion d’actifs est un des fleurons de la finance française.» De fait, afin de renforcer son poids dans les débats nationaux et internationaux, l’AFG a profondément fait évoluer sa gouvernance en faisant du comité stratégique l’instance de pilotage de l’association. Ce comité stratégique a ainsi accueilli trois nouveaux membres: Edouard Carmignac, Didier Le Ménestrel (La Financière de l’Echiquier) et Guillaume Dard (Montpensier Finance). «Le comité stratégique réunit l’ensemble des acteurs de la gestion et représente la profession de sa diversité, avec des dirigeants de filiales de groupes bancaires ou d’assurance et de sociétés entrepreneuriales», a tenu à souligner Yves Perrier. Chaque membre de ce comité stratégique pilote une commission – 8 commissions ont ainsi été créées* – en s’appuyant les comités techniques et les collaborateurs de l’association. «Ces commissions porteront les thèmes clés de l’association et piloteront les différents travaux de l’AFG afin de porter les messages vers l’extérieur», a précisé Yves Perrier.Remettre la fiscalité de l’épargne à l’endroitD’ores et déjà, trois missions clés ont été identifiées avec l’objectif de formuler des propositions dans les mois à venir: il s’agit de la commission sur la fiscalité de l’épargne, la commission consacré au financement des PME et, enfin, la commission sur la compétitivité de la Place de Paris. De fait, les chevaux de bataille ne manquent. Ainsi, l’AFG a, une fois n’est pas coutume, eu des mots particulièrement durs à l’égard de la taxe européenne sur les transactions financières, considérée par Yves Perrier comme «l’exemple même de la fausse bonne idée» «Cette taxe pèsera sur les épargnants, a ainsi jugé le président de l’AFG. En outre, elle ne concerne que 11 pays en excluant le Royaume-Uni, l’Irlande et le Luxembourg, trois places importantes de la gestion d’actifs. Cette taxe pourrait alors conduire à une délocalisation des capitaux et des emplois vers ces places. Les flux de taxes seraient alors inexistants.» Plus généralement, c’est toute la fiscalité de l’épargne longue, jugée défavorable, que l’AFG souhaite «remettre à l’endroit». «Il est essentiel de mettre l’accent sur l’impasse de nos régimes de retraite par répartition et leur crise de financement, a ainsi déclaré Edouard Carmignac. Il faut faire des propositions pour favoriser et promouvoir l’épargne longue.» Pour Guillaume Dard, «les Français ont un droit à l’épargne. Le corollaire, c’est qu’il faut qu’il y ait une fiscalité la plus basse possible sur les capitaux mobilisés à long terme».Autre enjeu de taille: renforcer la compétitivité de la Place. «L’objectif de cette commission est de faire émerger le marché français et de montrer la force des acteurs français, a souligné Eric Pinon, vice-président de l’AFG. Ce métier a de l’avenir et il attire de nombreux de talents.» A cet égard, l’association milite pour jouer à armes égales dans un contexte de concurrence internationale exacerbée, notamment vis-à-vis d’acteurs anglo-saxons puissants. «L’industrie de la gestion actifs est dominée par des acteurs américains – ils sont 9 parmi les 10 premiers acteurs mondiaux – qui bénéficient d’un marché domestique puissant puisque 50% des encours mondiaux sont aux Etats-Unis et leur marché est très bien protégé, ce qui leur permet de s’attaquer tranquillement à l’international, explique Yves Perrier. Cette concurrence internationale, nous l’aimons mais quand elle est équilibrée. C’est un débat que nous porterons au niveau européen et international.» A cet égard, l’AFG entend se battre auprès des instances nationales et européennes pour obtenir une régulation plus juste et équilibrée, après avoir connu ces dernières années «un tsunami réglementaire», selon la formule d’Eric Pinon. «Il y a eu des dérives réglementaires au cours des dernières années au détriment des entreprises et des épargnants, avec une épargne maltraitée et orientée de manière tout à fait improductive», a pour sa part regretté Edouard Carmignac.A en juger par cette première sortie médiatique, l’AFG devrait encore faire beaucoup parler d’elle au cours des prochains mois. (*) Les huit commissions de l’AFG sont: - «Solutions d’Epargne», présidée par Philippe Setbon,- «Gestion Financière», présidée par Jean-François Boulier,- «Actifs non cotés», présidée par Daniel Roy,- «Compétitivité de notre Place de gestion», présidée par Didier Le Menestrel,- «Régulation – Réglementation», présidée par Pascal Voisin, - «Relations européennes et internationales», présidée par Andréa Rossi,- «Gouvernance, Investissement Responsable et Investisseurs Institutionnels», présidée par Philippe Marchessaux,- «Recherche et Innovation», présidée par Muriel Faure et Jean-Louis Laurens.