La Finma, le régulateur suisse, a annoncé ce 20 février avoir prononcé une sanction à l’encontre de Julius Baer pour des cas répétés de blanchiment d’argent et de faiblesse de sa gestion des risques. La banque suisse a évité une pénalité financière, mais devra revoir de fond en comble son organisation interne, de la compliance à la politique de rémunération de ses salariés, et se voit interdire momentanément toute acquisition d’entreprise importante. Elle a dévoilé dans la foulée une série de mesures pour répondre aux demandes du régulateur. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’enquêtes sur des cas présumés de corruption en lien avec le groupe pétrolier publique vénézuélien PDVSA (Petróleos de Venezuela S.A.) et avec la Fédération internationale de football association (FIFA). Sur la base de ses investigations, menées depuis 2017, la Finma a estimé que Julius Baer avait «gravement violé les règles du droit financier». La quasi-totalité des 70 relations d’affaires inspectées, et une majorité des 150 transactions étudiées, qui portent sur une période allant de 2009 à 2018, «se sont révélées être critiquables». L’identité des clients et la finalité des opérations n'étaient pas assez claires. La Finma a également pointé du doigt le fait que la banque n’avait pas réagi, ou pas assez fermement, malgré ses alertes. Une «culture de compliance et de gestion des risques lacunaire» Ces observations s’accompagnent d’une critique de l’organisation interne de Julius Baer. La Finma a dénoncé des «manquements organisationnels et des incitations inopportunes favorisa[nt] la violation des obligations prévues par la législation sur le blanchiment d’argent». Le modèle de rémunération, «presque exclusivement fondé sur des aspects monétaires» et ne prenant qu’en faible «considération le respect des règles et la gestion des risques», est particulièrement condamné. Le régulateur cite le cas d’un banquier dédié à la clientèle vénézuélienne qui a reçu plusieurs millions de francs d’indemnités et bonus pendant plusieurs années malgré le fait que la banque elle-même avait signalé au Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent l’implication de ses clients auxaffaires liées à PDVSA. La Finma a également estimé qu’il régnait chez Julius Baer une «culture de compliance et de gestion des risques lacunaire», dans laquelle «les obligations relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent n’avaient pas le poids nécessaire». Les mesures imposées par la Finma obligent la banque à s’assurer efficacement du respect des obligations prévues par la législation sur le blanchiment d’argent, et à la mise en place rapide des mesures déja engagées. Julius Baer doit également «adapter ses processus de recrutement et de management des conseillers à la clientèle, de même que sa politique de rémunération et de sanction». Le conseil d’administration n’est pas épargné, puisqu’il devra apporter à l’avenir une plus grande attention à la lutte contre le blanchiment d’argent. En attendant l’achèvement de ces travaux, Julius Baer se voit interdit de réaliser toute acquisition d’entreprise importante ou d’une certaine complexité. Un mandataire indépendant a été nommé par la Finma pour contrôler cette mise en oeuvre. Le groupe suisse a répondu dans un communiqué de presse avoir pris note des demandes de la Finma. En outre, il a rappelé avoir modifié depuis fin 2017 son management en Amérique du Sud, et avoir fermé ses antennes de Panama et du Venezuela. Il a également souligné avoir renforcé son équipe de gestion des risques afin de répondre aux critiques de la Finma.