Paradoxe. D’un côté, le marché français de la gestion n’a pas fait exception à la règle. D’un autre, il a encore mis en évidence certaines de ses particularités, dans un environnement de plus en plus concurrentiel. Telles pourraient être les conclusions de l’AFG qui publie ce mercredi 5 juin son bilan de l’industrie française de la gestion d’actifs en 2012.Grâce à des «effets marché» largement positifs tant pour les actions que pour les produits de taux, les encours globaux ont progressé de 164 milliards d’euros l’an dernier pour atteindre fin décembre un montant record de 2 932 milliards d’euros - en hausse de 5,9 % par rapport à l’année précédente. Pour les seuls fonds de droit français, la hausse atteint 8,6 % (+119 milliards d’euros), à 1 506 milliards d’euros tandis que pour les actifs gérés sous mandat, la progression est de 3,3 %, à 1 426 milliards d’euros. Il n’en reste pas moins que la collecte sur les OPCVM de droit français manque à l’appel. L’an dernier, les sorties nettes ont atteint 24,1 milliards d’euros (-2,2 % de l’actif net) à rapprocher des 72,4 milliards d’effet marché. Hormis les souscriptions nettes en recul de 17,7 % sur les fonds à formule - qui pâtissent entre autres de la faiblesse des taux - les classes d’actifs risquées ont été les plus touchées. La décollecte sur les fonds actions atteint 24,8 milliards (-10,7 %) et celle sur les fonds alternatifs 2,4 milliards (-15,9 %). «La persistance de l’aversion au risque de la part des investisseurs, l’alourdissement important de la fiscalité de l’épargne des particuliers, l’attrition programmée de réserves de nombreux investisseurs institutionnels et la vive concurrence de l’épargne réglementée et des produits de bilan bancaires», ont pesé confirme l'étude. Comparativement, les classes d’actifs composés de produits de taux se sont nettement mieux comportées. Elles ont ainsi bénéficié à la fois d’un effet marché positif comme les classes d’actifs risquées, mais elles ont également collecté en net. Les fonds monétaires ont aussi retrouvé une collecte nette positive en 2012 (+13,9 milliards d’euros), après trois années de sorties nettes. Les souscriptions nettes représentent 3,7% de l’actif net moyen. Pour leur part, les fonds obligataires ont engrangé 3,4 milliards de souscriptions nettes, soit 1,7 % par rapport à l’actif net. En dépit de ces chiffres en trompe l'œil, où la progression des encours masque des sorties de capitaux, l’industrie française de la gestion d’actifs conserve ses spécificités. Et notamment son dynamisme en matière de créations de sociétés de gestion de portefeuille. Ainsi, fin 2012, l’AFG en recensait 604, à la suite de 34 créations brutes et cinq en net. Certes, ces chiffres restent un cran en deçà de ceux de l’année précédente où 608 sociétés étaient recensées fin décembre 2011 du fait notamment de 39 créations brutes et 16 en net. Il n’en demeure pas moins remarquable alors que le marché a continué en 2012 son mouvement de fusion et consolidation. Dans un autre genre, en matière de produits, le mouvement de rationalisation des gammes s’est également poursuivi. Un mouvement que justifie l’AFG comme «la conséquence de l’entrée en vigueur d’UCITS IV et des efforts d’adaptation de la structure des coûts, de l’offre et des stratégies de gestion aux nouvelles conditions de marché». Résultat, le nombre de FCP a continué de diminuer en 2012. «La baisse est de près de 1 000 unités depuis le point haut de septembre 2008, alors que l’on constate désormais une stabilité du nombre de Sicav», indique l’AFG. Reste le monde concurrentiel de la gestion d’actifs en Europe et la place de l’industrie française. Avec un encours de 8 944 milliards d’euros fin 2012 en progression de 984 milliards d’euros, l’année 2012 peut être considérée comme favorable pour les gestions européennes. L’association se félicite à ce titre que la France reste leader si l’on considère les marchés où la gestion financière des fonds d’investissement est réalisée. Pour autant, la marge et désormais étroite, avec une part de marché de 19,1% suivie par l’Allemagne et le Royaume-Uni, tous les deux avec 19 %. Un an auparavant, la France représentait 20,1 % de l’ensemble, l’Allemagne 19,2 % et le Royaume-Uni, 17,1 %...