Aujourd’hui, en France, seuls 5 % des investisseurs institutionnels ont placé une partie de leur portefeuille dans la microfinance. Mais 18 % d’entre eux envisagent d’y investir prochainement, selon une étude réalisée en avril 2009 par Altedia IC auprès d’un panel d’une centaine d’investisseurs institutionnels.L’un des principaux avantages qu’ils y voient est qu’il s’agit d’un moyen d’investir de manière responsable et solidaire (ils sont 50 % à le penser), tandis que 14 % invoquent le fait qu’il s’agit d’une classe d’actifs décorrélée et 18 % que cela permet d’obtenir un bon taux de rémunération (18 %).En revanche, ils déplorent les problèmes de liquidité à 18 %, le manque de transparence (14 %) et la faible rentabilité (9 %). La microfinance, qui met à disposition des services financiers à des individus microentrepreneurs qui n’y auraient pas eu accès de manière traditionnelle du fait de leur pauvreté, a déjà séduit de grands investisseurs institutionnels internationaux. Ainsi, le fonds de pension américain Tiaa-Cref a lancé un projet de fonds de microfinance de 100 millions de dollars sur quatre ans, tandis que le fonds de pension néerlandais ABP a en 2008 augmenté la part de la microfinance dans son allocation d’actifs à près de 100 millions d’euros, cite Altedia IC dans une étude consacrée à la microfinance*. En France, le faible intérêt des institutionnels pour la microfinance s’explique sans nul doute avant tout par un déficit de connaissance. Selon Altedia, 41 % d’entre eux n’ont que de vagues connaissances et 37 % n’ont pas de compétences réelles en la matière. L’autre obstacle au développement est le fait qu’il est difficile pour les sociétés de gestion de distribuer les fonds de microfinance (ce qui concerne aussi les particuliers). «En France, il n’est pas légalement possible de créer un fonds «pur» de microfinance : seuls les fonds «dilués», c’est-à-dire contenant une poche de 10 % d’actifs de microfinance au maximum, peuvent être distribués activement auprès du grand public. (…) Les fonds dits «purs» (jusqu'à 90 % d’actifs de microfinance), en revanche, n’ont le droit à aucune publicité auprès du grand public et ne peuvent être distribués qu’aux investisseurs institutionnels ainsi qu’aux investisseurs avertis, et uniquement s’ils en font la demande explicite auprès de leur intermédiaire», explique Altedia IC. Dans ce contexte, la majorité des fonds de microfinance sont de droit luxembourgeois et hollandais. Les choses pourraient évoluer, certains acteurs de la place en France se mobilisant désormais sur ce sujet. Un groupe sur la microfinance a notamment été créé au sein d’Europlace. De plus, cette semaine, un groupe européen pour la promotion institutionnelle de la microfinance a été mis en place. En 2008, les investisseurs en microfinance étaient à 26 % des investisseurs institutionnels, à 19 % des particuliers, les 55 % étant des institutions publiques, selon CGAP. L’arrivée des institutionnels a entre autres dopé le marché de la microfinance, qui représente désormais 50 lmilliards d’euros prêtés à plus de 155 millions de personnes dans le monde, selon Altedia. Le miXmarket recensait début 2009 103 Microfinance Investment Vehicles (MIV), regroupant des fonds de microfinance et d’autres types de véhicules d’investissement dans la microfinance. Leurs actifs sous gestion ont augmenté de 600 millions fin 2004 à 5,4 milliards de dollars fin 2007, soit une hausse de 800 % en 3 ans. «Cette croissance devrait se poursuivre, à un rythme toutefois plus modéré du fait de la crise financière», estime Altedia. Et on peut espérer que les institutionnels en seront l’un des moteurs. * Investir en microfinance : enjeux, approches et perspectives, mai 2009, AIC Research