Les démarches d’intégration ESG montent en puissance. A côté du marché bien identifié des fonds ISR, se sont développées de nouvelles pratiques qui consistent à prendre en considération des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans le cadre de gestions financières traditionnelles. Les sociétés de gestion commencent à mettre en avant ces démarches dans leur communication.Preuve que cette intégration ESG a déjà fait une percée significative, une enquête réalisée par le centre de recherche de Novethic entre décembre 2009 et février 2010 auprès d’une trentaine d’acteurs, sociétés de gestion et investisseurs institutionnels (Intégration des enjeux ESG : Quelles pratiques pour quels objectifs ?), indique que la majorité des sociétés de gestion ont noté l’apparition de demandes de clarification sur les pratiques d’intégration ESG dans la quasi-totalité des appels d’offres de mandats de gestion institutionnelle depuis deux ans.Toutes les démarches entrant dans le cadre de l’intégration ESG se développent, qu’il s’agisse de l'évaluation de la qualité ESG de portefeuilles non contraints à l’ISR, de l’extension de la recherche extra-financière, de la mise à disposition d’informations ESG pour les équipes de gestion financière ou encore du déploiement d’exclusions normatives. Selon Novethic, ces démarches impactent aujourd’hui directement ou indirectement au moins 2.460 milliards d’euros d’actifs gérés en France, ce qui est considérable par rapport au marché de l’ISR qui ne dépasse toujours pas les 50 milliards d’euros.L'étude relève toutefois que même si la volonté des sociétés de gestion et des investisseurs institutionnels est bien réelle, le déploiement de l’intégration ESG se heurte à des réticences et des interrogations importantes. Beaucoup de sociétés de gestion se plaignent par exemple de la difficulté d’accéder à de l’information ESG structurée et convaincante sur les émetteurs obligataires, notamment les institutions financières et les Etats, ainsi que sur les émetteurs des pays émergents, les petites et moyennes capitalisations ou encore les entreprises non cotées. De nombreux gérants sont aussi réfractaires à l’introduction de nouvelles contraintes ou d’objectifs d’ordre extra-financier, car ils se disent déjà soumis à des contraintes techniques de gestion, notamment en termes de tracking error, qui les obligent à des répartitions d’investissement proches de leur indice de référence.Plus généralement, l'étude évoque par ailleurs la trop faible fréquence d’actualisation des données extra-financières, l’absence d’un référentiel universel ou encore le vieux débat sur l’impact de la prise en compte des enjeux ESG sur la performance financière.L'étude souligne également que dans le cadre des échanges entre Novethic et les investisseurs sur l’intégration ESG, l’objectif du développement durable et de la responsabilité sociétale des acteurs économiques est resté «quasi absent» du débat, au profit de considérations sur l’impact financier ou les enjeux de réputation pour leurs clients. Autrement dit, l’intégration ESG est bien engagée mais sa généralisation se heurte à de nombreux obstacles. Des obstacles qui bien souvent, «peuvent être levés par l’avancée de la recherche ou des démarches collaboratives du type de celles initiées dans le cadre des PRI (les Principes pour l’Investissement Responsable)», indique toutefois l'étude. Il reste, conclut l'étude que «ces réserves confirment l’importance que revêt le maintien de fonds ISR exigeants, structurés, demeurant un outil de R&D et une niche de conviction d’une intégration ESG progressivement généralisée à l’ensemble des actifs financiers».