«Les pays émergents vont sortir cette année de la crise mondiale avec une croissance triple de celle des pays développés ; ils sont loin d’avoir augmenté leur dette publique dans des proportions aussi forte que les Occidentaux, ils ont intensifié un commerce «Sud-Sud» pour pallier l’effondrement des échanges internationaux et enfin ils ont su partager leurs réserves financières comme le loan for oil de la Chine à la Russie. Bref, ils se sont rendu compte que leur résilience dépend de leur solidarité», explique Agnès Belaisch, stratégiste de l'équipe dette émergente de Threadneedle qui gère un encours de 2 milliards de dollars réparti principalement sur quatre fonds.Cela posé, si elle concède que le contexte n’est pas entièrement idyllique, Agnès Belaisch souligne que la situation s’est améliorée pour les pays émergents qui restent exposés à un potentiel phénomène d'éviction si les pays développés absorbent brutalement les liquidités excédentaires injectées pour éviter la crise, ou s’ils doivent bonifier l’attrait de leur dette. Cela peut nuire à la poursuite du «carry trade». C’est typiquement un risque trouvant son origine dans les pays «riches».Néanmoins, les pays émergents ont réduit leurs déficits commerciaux et leur dette externe, ce qui les rend moins vulnérables à des sorties rapides. De plus, ils ont souvent adopté des cadrages budgétaires pluriannuels fiables et des cibles d’inflation crédibles. Bref, «la qualité de la dette émergente s’est construite brique par brique, ce n’est pas une bulle». C’est ce que montre en tous cas le resserrement des spreads, revenus à 270 points de base par rapport aux Treasuries américains.Enfin, les trois bulles de la Chine sont très surfaites, aux yeux de la stratégiste de Threadneedle : «pour l’immobilier, la surchauffe n’affecte que l’immobilier de luxe ; en ce qui concerne les surcapacités, il faut bien se rendre compte que Pékin a opté pour un modèle de croissance de l’industrie lourde. Et même s’il peut y avoir surinvestissement dans la sidérurgie, les cimenteries et les chantiers navals, les besoins sont énormes. Enfin, en ce qui concerne la Bourse, il s’agit en réalité d’une bulle de l'épargne (et) qui n’est pas financée par du crédit et l’impact systémique d’un effondrement boursier serait mineur, avec une capitalisation boursière qui ne représente que 35 % du PIB… sans oublier par ailleurs que les bénéfices des entreprises ont gonflé de 70 %».Une stratégie protéiformeThreadneedle investit sur la dette souveraine des pays émergents en utilisant des approches complémentaires : les titres en devises réputées fortes, ceux libellés en monnaie locale et enfin un cocktail de ces deux formules en long/short pour mettre à profit les meilleures convictions des deux autres stratégies de manière très active.Pour cette année, l'équipe animée par Richard House, le gérant de portefeuille, et Agnès Belaisch mise - dans le domaine de la dette émergente en devises - sur les pays créditeurs nets et ceux offrant des rendements élevés mais dont les besoins de financement sont limités. Le gestionnaire britannique favorise aussi les pays dont les gouvernements ont encore quelque retard dans la mise en œuvre de leurs réformes, comme le Mexique, la Hongrie ou la Russie."L’investissement de l’année 2010 sera celui de la dette souveraine en monnaie locale», souligne Agnès Belaisch. Il s’agit de miser sur la dette de pays dont la monnaie affiche un fort potentiel d’appréciation, ce qui est un phénomène assez répandu vu que l’euro et le dollar ne sont pas véritablement flambants. Dans ce domaine, Threadneedle a noté l’intérêt manifesté par les fonds de pension qui ont raté le rally de 2009 et qui pourraient maintenant venir s’investir sur cette classe d’actifs. Par ailleurs, il y a manifestement des positionnements tactiques à tenter sur les courbes de taux. L’inde, le Brésil, le Mexique, la Hongrie ne vont probablement pas resserrer leur étreinte sur le crédit aussi fort qu’ils le devraient en principe. Pour sa part, le gestionnaire britannique est sous-pondéré en duration par rapport à l’indice pour ses produits offerts au public.Concrètement, Threadneedle aligne un double fonds de dette souveraine et quasi-souveraine émise en dollars qui pesait fin décembre 649 millions de dollars pour l’OEIC et 576 millions de dollars pour le compartiment de la sicav, avec un portefeuille de 77 lignes pour reproduire les 215 positions du JPM EMBI Global. La duration ressort à 6,2 contre 6,8 pour le benchmark. Ce fonds (Threadneedle Hard Currency Emerging Market Bond Fund) vise une surperformance de 200 points de base par rapport à l’indice de référence, mais il a gagné de440 points de plus que le benchmark depuis qu’il a été repris par l’actuel gérant fin décembre 2007.Le fonds en monnaie locale (Threadneedle, Emerging Market Local Fund) utilise comme référence le JPM GBI-EM Global Diversified. Sa duration est de 2,88 contre 4,20 pour le benchmark et le portefeuille affiche depuis janvier 2008 une performance de 13,50 % contre 14,91 %, avec une notation moyenne conforme à l’indice (BBB+) et 50 valeurs pour 177 dans le benchmark. L’encours représente 63,97 millions de dollars, mais Agnès Belaisch souligne qu’il a été possible de faire face à une sortie soudaine de 100 millions de dollars en l’espace de six heures seulement.Quant au hedge fund de la gamme Crescendo, qui pèse 18,2 millions de dollars (essentiellement du capital d’amorçage), il a généré une performance de 11,13 % l’an dernier.