Malgré la difficulté de la tâche, Axa IM a tenu à se prêter à l’exercice traditionnel des perspectives en matière de stratégie d’investissement et d’allocation d’actifs pour la seconde partie de l’année. Une gageure dans un environnement toujours très incertain. Outre l’héritage de la crise, avec la remise en cause de l’idée même de la construction européenne, nous allons vers un nouveau monde, multipolaire avec des équilibres très difficiles à trouver, a souligné hier à l’occasion d’un point de presse Sebastian Paris-Horvitz, directeur de la stratégie d’investissement d’Axa IM.La stratégie de la société de gestion s’articule néanmoins autour de quelques convictions fortes. Tout d’abord, la crise de la dette souveraine en Europe devrait être contenue. Toutefois, en dépit des ressources financières considérables engagées à la fois par l’Union européenne et le FMI, les mesures d’ajustement budgétaire mises en place devraient affecter négativement la croissance de la zone euro.Dans ce contexte, les risques de rechute ont augmenté dans la zone euro mais ils restent très faibles pour la croissance mondiale qui, avec les moteurs américain et émergents, devrait rester solide même si un ralentissement se profile pour le second semestre 2010. Ensuite, alors que les pressions déflationnistes pourraient s’amplifier en Europe en raison des politiques d’ajustement budgétaires, la force de la reprise économique provoque des tensions sur l’évolution des prix dans les pays émergents. Ce qui pourrait entraîner un resserrement des politiques monétaires dans ces pays et dans les pays avancés dans le cycle. Compte tenu toutefois des nouvelles incertitudes, le mouvement sera très graduel. C’est ainsi que l’on peut s’interroger sur le potentiel de croissance de l’économie américaine qui se trouve confrontée à la problématique du chômage de longue durée. «Un facteur qui doit nous pousser à être prudents», estime Sebastian Paris-Horvitz. Le resserrement monétaire aux Etats-Unis ne devrait pas commencer avant 2011 alors que la BCE pourrait s’abstenir d’augmenter les taux jusqu’au second semestre 2011.En termes d’allocation, la forte volatilité et la croissance persistante pourraient s’avérer porteurs, à très court terme, pour les actifs risqués mais la difficulté d’évaluer l’impact des mesures de politique économique obscurcit la visibilité sur l’avenir. Le directeur de la gestion d’Axa IM, Christian Rabeau, suggère donc de rester neutre sur les actions, avec une sous-pondération en Europe (-2,5%) et une surpondération aux Etats-Unis (+2,5%), la neutralité étant la règle en Suisse et au Royaume-Uni, ainsi qu’en Asie et au Japon. Et «depuis mai, la course à la liquidité nous oblige à être plus prudents», relève Christian Rabeau. Axa IM suggère une position d’attente de 5% en liquidités. «Cette poche de liquidité est nécessaire car le marché teste la résistance des classes d’actifs traditionnelles», ajoute-t-il.«La hiérarchie est bouleversée. L’emprunt d’Etat n’est plus la classe d’actifs sans risque qu’elle a été», indique Christian Rabeau qui sous-pondère les obligations, et tout particulièrement les emprunts d’Etat. «La crise n’est pas terminée mais le plus gros est passé. Le potentiel de spéculation reste toutefois considérable», estime Christian Rabeauqui surpondère par ailleurs le crédit. Les entreprises vont souvent beaucoup mieux qu’elles veulent bien l’admettre et disposent de cash flows très importants. «L’effondrement financier n’est pas du côté des entreprises», relève Christian Rabeau qui estime que les banques vont, elles aussi, dans la bonne direction même si de nombreux points noirs subsistent, comme celui des caisses d’épargne espagnoles. Si donc les valorisations des actifs défensifs comme les emprunts d’Etat sont souvent trop généreuses, les valorisations des actifs risqués sont elles attrayantes. Et dans un contexte de volatilité persistante, la diversification géographique, notamment du côté des émergents, est un élément protecteur.