Le «bull market» va-t-il s’arrêter en 2015 ? Pour Dominic Rossi, Global CIO Actions chez Fidelity International, la réponse ne fait aucun doute. Même après cinq années de hausse continue, «les conditions ne sont pas encore réunies pour la fin du bull market», a estimé Dominic Rossi la semaine dernière à Londres à l’occasion d’un séminaire de presse organisé par Fidelity Inernational.Rien là d’exceptionnel de son point de vue. Simplement, l'économie mondiale est reparti d’un point si bas après la crise financière de 2008 qu’il reste de la marge. «La Fed n’a même pas encore relevé ses taux», remarque Dominic Rossi qui, pour bien se faire comprendre, compare le bull market actuel à celui de 2003-2008 et au changement de leadership auquel il a donné lieu. «La hausse des marchés durant cette période était liée à l'émergence de la Chine et de son impact sur l'économie mondiale», avec une revalorisation des matières premières, des actifs tangibles et de l’ensemble des marchés émergents. Nous sommes dans la situation exactement inverse dans le bull market actuel. «Tout ce qui avait été revalorisé entre 2003 et 2008 est désormais dévalorisé, y compris la Chine, y compris les marchés émergentes, y compris les matières premières, et y compris les actifs tangibles», a expliqué Dominic Rossi. Le leadership est ainsi passé de la Chine aux Etats-Unis qui connaît actuellement une formidable croissance des nouvelles technologies de l’information, des biotechs, et des actifs intangibles en général. «La surperformance du marché américain est lié à des facteurs structurels très solides et je ne crois pas que le marché américain soit surévalué car le ROE est beaucoup plus élevé aux Etats-Unis, ce qui justifie une prime plus élevée», a soutenu Dominic Rossi. C’est également le point de vue de Stephanie Sutton, investment director Actions. «Les valorisations sont correctes même si avec des multiples de 16 ou 17, elles ne sont pas particulièrement bon marché», estime Stephanie Sutton qui souligne toutefois qu’il convient d'être plus prudent et sélectif qu’il y a deux ou trois ans. Dans ce contexte, pourquoi ne pas s’intéresser à l’Asie ? Malgré les vents contraires, «la croissance structurelle en Asie reste intacte. Les valorisations sont intéressantes, tout particulièrement relativement aux autres marchés et notamment par rapport aux Etats-Unis», a indiqué Catherine Yeung, investment director basée à Hong Kong, spécialiste des actions de la région. Catherine Yeung a balayé, statistiques à l’appui, l’idée selon laquelle le ralentissement d’une économie impliquerait une détérioration des performances boursières. Une idée bien entendu qui, appliquée à la Chine, a incité les investisseurs à se détourner du marché chinois. A tort, car l'économie chinoise devrait bénéficier dans les prochaines années des réformes engagées par ses dirigeants. Au-delà des péripéties boursières de l'été, «les investisseurs devraient se concentrer sur l’essentiel, à savoir le calendrier de réformes et la volonté du président Xi de faire de la Chine une super puissance», a insisté Catherine Yeung. L’objectif serait même de faire de la Chine LA super puissance mondiale d’ici à 2049, lorsque le parti communiste fêtera ses cents ans. Pour en arriver là, le président chinois est en train de consolider son pouvoir, avec notamment une campagne anti-corruption sans précédent, qui va lui donner toute latitude pour mettre en œuvre son programme de réformes. Catherine Yeung a également souligné les énormes opportunités de croissance structurelle en Inde où le premier ministre Modi, malgré des revers politiques récemment, dispose encore d'énormes leviers pour mener à bien les réformes annoncées. Côté valorisations, les marchés chinois et de Hong Kong sont très bon marché alors qu’il faut peut-être accepter de payer un peu plus cher sur le marché indien, a suggéré Catherine Yeung.