L’Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique (Erafp), qui gère actuellement près de 20 milliards d’euros, a été un pionnier en France en rendant publique, début 2014, l’empreinte carbone de son portefeuille d’actions. Il annonce aujourd’hui, un pas supplémentaire dans la « décarbonisation » de ses actifs. Philippe Desfossés, directeur de l’Erafp dans le cadre d’une interview publiée dans Les Echos : Pourquoi portez-vous une telle démarche relative à l’empreinte carbone ? Depuis son origine, l’Erafp, en tant que fonds de pension public, a fait le choix de développer une politique d’investissement socialement responsable (ISR) à travers la méthode de gestion dite « best in class », c’est-à-dire que nous investissons dans tous les secteurs, sans faire d’exclusion, dans l’objectif de retenir les meilleures entreprises selon trois grands axes : l’environnement, le social et la gouvernance (ESG). Cette approche est parfois critiquée, la question récurrente étant de savoir si elle a vraiment un impact sur l’environnement et la société en général. Suite à la publication de la première empreinte carbone de ses investissements début 2014, et désormais à la « décarbonisation » de son portefeuille d’actions en zone euro, l’Erafp pense apporter une réponse positive à cette question. Quels sont les résultats concrets ? Pour le calcul de l’empreinte carbone de notre portefeuille en actions, qui représente près de 4 milliards d’euros, nous avons travaillé avec le cabinet Trucost. Le résultat est intéressant, car il nous a permis de voir que la réduction de l’empreinte carbone de notre portefeuille par rapport à l’indice de référence MSCI World était de 19 %. Si on ne retient que l’impact de la sélection de titres au sein de chaque secteur, c’est-à-dire si on neutralise l’effet lié à la sur ou sous-pondération de certains secteurs, la différence, attribuable donc à l’approche « best in class », reste encore de 11 %. Mais comment s’assurer de la fiabilité des calculs ? La qualité des données et estimations relatives aux émissions CO2 est effectivement un enjeu. C’est d’ailleurs pour cela que nous nous sommes pour le moment limités au calcul de l’empreinte carbone de notre portefeuille d’actions de grandes entreprises, pour lesquelles les données sont globalement de qualité. Si certains investisseurs refusent de se plier à cet exercice en remettant en cause la fiabilité des données ou des méthodologies, notre objectif est justement de mettre de l’huile dans les rouages. Personne ne peut dire que le carbone n’est pas un risque pour demain. Ce risque sera un jour pris en compte soit par le biais de la fiscalité, soit par l’intermédiaire d’un prix du carbone déterminé sur un marché du carbone enfin efficient. Et en quoi consiste la « décarbonisation » dont vous parlez ? La mesure de l’empreinte carbone réalisée a montré que notre approche « best in class », qui prend en compte un large spectre d’enjeux ESG, permet de réduire l’intensité carbone de nos investissements en actions. Nous avons décidé de pousser l’exercice plus loin en testant sur un de nos fonds une méthodologie visant à accroître la sélectivité du filtre « émissions de CO2 », en plus d’appliquer nos autres critères ESG. Ce portefeuille actions de la zone euro, équivalent à 750 millions d’euros, est géré par Amundi, qui a développé la méthodologie appliquée. En éliminant les entreprises les plus émettrices de carbone dans chaque secteur, le fonds devrait atteindre une réduction de 40 % à 50 % de son intensité carbone par rapport à l’indice MSCI EMU. Mais quel message voulez-vous porter exactement ? Notre conviction est que les investisseurs institutionnels vont avoir un rôle à jouer dans le financement de la transition énergétique. Certains pensent déjà qu’il va être nécessaire de réallouer à terme les ressources financières des investisseurs pour faire face au changement climatique. En tant que membre du groupe IIGCC (Institutional Investors Group on Climate Change), qui compte près de 90 grands investisseurs gérant 7.500 milliards de dollars, nous militons pour que la publication de l’empreinte carbone soit rendue obligatoire au moins pour tous les fonds de pension publics. Les autres investisseurs ne pourront alors que suivre le mouvement. En effet, si le changement climatique est un risque, comment accepter qu’il ne soit pas mesuré et, s’il l’est, que les souscripteurs n’en soient pas informés ? Nous pensons que ce type de démarche pourrait être porté par la France lors de la 21e Conférence des Nations unies sur le changement climatique, qui aura lieu à Paris à la fin de l’année prochaine. En savoir plus sur le site des Echos