Le géant de l’e-commerce Alibaba, qui a fait beaucoup parler de lui avec son introduction en Bourse record est devenu il y a plus d’un an actionnaire d’une modeste société de gestion locale avec moins de 20 milliards de dollars sous gestion. Avec cette dernière, rapporte Les Echos, il a lancé un fonds monétaire. Utilisant sa base de données géante de plus de 500 millions de Chinois, Alibaba a récolté l'épargne de quelque 100 millions de particuliers et près de 100 milliards de dollars. Jamais une société de gestion dans le monde n’avait connu un tel succès en si peu de temps. Non pas en terme de montants gérés mais de nombre de clients, du jamais-vu. On a déjà vu ces acteurs alternatifs du Net se lancer dans d’autres prés carrés des financiers, comme PayPal, par exemple, dans les moyens de paiement. Mais, depuis, les initiatives ont été rares. « L’argent fait partie des deux secteurs, avec la santé, où les gens veulent avoir un tiers de confiance. Ce n’est pas une marchandise comme les autres. Avant de confier votre argent à quelqu’un, vous avez besoin de le connaître. C’est pour cela aussi que ces secteurs sont aussi régulés, formant de véritables barrières à l’entrée très difficiles à franchir », assure un professionnel du secteur au quotidien. Certes… Mais qui oserait penser qu’un Google n’aurait pas toutes les chances de réussir ? Un article du « Financial Times » révélait récemment que Google avait mandaté il y a moins de deux ans un cabinet d'études pour évaluer ses chances de réussites dans l'« asset management », et la façon dont il pourrait y entrer. Le projet serait en stand-by. S'étant penché sur la question à la demande de la société de gestion française Ossiam, Les Echos raconte que Laurent Alexandre (chirurgien-urologue de formation, cofondateur de Doctissimo.fr, diplômé de l’ENA, Science po et HEC), déclarait ainsi en mai dernier à Paris, devant un parterre d’investisseurs : « Les pirates de la Silicon Valley ne regardent pas les choses avec notre copinage ou notre réseau de relations. Ils sont sans foi ni loi. Ils entrent dans un segment, écrasent tout et on les régule a posteriori. Pour la finance, et probablement pour la gestion de patrimoine, ce sera la même chose. » Pour le chercheur, aujourd’hui président de la société de séquençage DNAVision, la réflexion stratégique des banques et des assureurs sur cette possibilité est « nulle », particulièrement en France. « Vous êtes aussi mauvais qu'était Kodak en 2002 face à la photo numérique », lançait-il encore. Pour appuyer ses propos, il cite en exemple les sociétés comme Google et Facebook qui ont la capacité d’entrer en relation avec les gens aux moments clefs de leur vie. Ils savent à quel moment qui recherche le meilleur prix pour une poussette car une naissance s’annonce dans la famille, que vous êtes prête à acheter une robe de mariée ou un appartement, qu’un décès est survenu, et que, donc, vous allez avoir bientôt besoin d’emprunter ou de placer votre argent. Alors, la gestion d’actifs n’a-t-elle plus qu'à abdiquer ? Evidemment, non. Les lobbys financiers aux Etats-Unis sont encore très puissants. Et les sociétés de gestion ne sont pas si dépassées. « Les «hedge funds» utilisent déjà les données de masse. C’est le cas dans le trading haute fréquence, même si ce dernier ne s’est pas répandu dans la gestion classique. Mais c’est avant tout pour des questions d'éthiques », explique un dirigeant de société de gestion. Les plus grandes sociétés ont aussi des chercheurs et des analystes, et développent des modèles propriétaires visant à analyser les Big Data pour cerner et anticiper au mieux les évolutions de marché. Mais il est vrai que la plupart des sociétés de gestion travaillent encore de façon quasi artisanale, n’exploitant que de simples fichiers Excel, d’après Les Echos.Dans ce cas, l’humain prend alors toute sa valeur dans la relation entre les particuliers et leurs gérants.