Le secteur de l'« asset management » reste très dynamique en France. Mais tandis que de nouveaux acteurs apparaissent, d’autres s'éteignent... pour des raisons diverses. Dans le secteur de la gestion d’actifs en France, les professionnels préfèrent très souvent mettre en avant les chiffres des créations d’entreprises plutôt que les disparitions. Pourtant, la crise financière prolongée depuis 2007 a fait des dégâts : 26 % des sociétés de gestion affichaient des pertes d’exploitation en 2012, contre seulement 20 % deux ans plus tôt. Chaque année, une trentaine d’acteurs sortent du jeu après un retrait de leur agrément par l’Autorité des marchés financiers (AMF), et cela pour des causes diverses. Ce taux de mortalité flirte actuellement avec les 5 %. «En 2013, ce sont souvent les sociétés elles-mêmes qui ont demandé le retrait de leur agrément, faute d’activité suffisante, explique Jérémie Gouy, adjoint au directeur de la division agréments et suivi de l’AMF. Cela a représenté 53 % des cas de retrait l’an dernier, contre seulement 28 % en 2012. La crise a notamment touché des sociétés jeunes, positionnées sur des stratégies de gestion complexes. » Mais la disparition d’une société n’est pas toujours un signe d'échec. Dans la moitié des cas, elle s’explique par la fusion de différentes filiales d’un même groupe ou le rapprochement de deux sociétés. En 2012, PIM Gestion a été absorbé par la société IT Asset Management, elle-même devenue Fourpoints IM. N’allez pas dire à Muriel Faure, directeur général de la société, que cette fusion était purement défensive. « Nos deux sociétés étaient rentables et complémentaires, argumente-t-elle. Et le choix d’une nouvelle marque correspondait à de nouvelles ambitions. Aujourd’hui, la société est plus rentable que ne l'étaient individuellement ses deux composantes et nous gérons 1,1 milliard d’euros, contre 750 millions au moment de la fusion. » Il est donc très rare qu’un acteur du secteur fasse purement et simplement défaut. « La plupart des situations de crise sont anticipées, grâce au suivi constant des sociétés par nos chargés de portefeuille », rappelle Jérémie Gouy. Sa mission : surveiller que les sociétés de gestion respectent les conditions d’exercice de leur activité, notamment en matière de solidité financière. Dans la négative, l’AMF peut retirer son agrément d’autorité. Conditions d’agrément resserrées Pour éviter cela, elle tend à resserrer les conditions d’agrément ces dernières années. « Les projets agréés en 2013 ont une solidité financière généralement très supérieure aux seuils réglementaires et nous portons depuis la crise une attention croissante aux plans de développement présentés par les sociétés », explique Jérémie Gouy. Gemway Asset, société de gestion spécialisée sur les émergents, créée fin 2012 par Michel Audeban et Bruno Vanier, deux anciens de Rothschild, pourrait en témoigner. Si l’AMF lui a donné son feu vert, c’est parce que la société a bénéficié de l’incubation de La Financière de l’Echiquier (10 millions d’euros) ainsi que de l’association capitalistique de cabinets de conseil en patrimoine qui ont promis d’investir dans son fonds. Des soutiens qui se sont révélés précieux pour affronter la tempête sur les émergents dès sa première année d’exercice. Reste que dans le pire des cas, à la disparition d’une société de gestion se pose la question du devenir des actifs gérés. Pour les investisseurs, le risque de voir leur argent venir combler le passif de la société est normalement impossible. « Les actifs des fonds sont conservés par un dépositaire et il n’y a pas de solidarité financière entre eux et la société qui les gère, rappelle Jérémie Duhamel, avocat du cabinet Duhamel-Blimbaum, spécialisé en droit financier. Soit la gestion des OPCVM sera transférée à une autre société de gestion qui s’en porte acquéreur et les investisseurs qui le souhaitent ont la possibilité de sortir sans frais, soit on organise la liquidation des actifs. » Encadrée par l’AMF, cette procédure ne dure logiquement que quelques semaines. Mais, crise financière ou pas, les sociétés de gestion d’actifs ne sont pas en voie de disparition en France. Après un léger recul en 2009, leur nombre est vite reparti à la hausse pour atteindre 613 à fin 2013. « La France est le pays d’Europe où il y a le plus de sociétés de gestion. Même le Royaume-Uni nous envie ce dynamisme », conclut Jérémie Duhamel.