Dans nos responsabilités diverses, l’un au Parlement, les autres à la tête d’entreprises petites ou grandes, nous avons pu constater l’efficacité des mécanismes de partage du profit (participation, intéressement, actionnariat salarié). Au fil des ans, les gouvernements, de droite comme de gauche, ont choisi de développer ces mécanismes, avec la conviction que les dépenses fiscales engagées étaient plus que compensées par le surcroît de productivité et d'épargne ainsi dégagé. Toutefois, depuis 2008, cette attitude s’est infléchie avec l’instauration d’un prélèvement, supporté exclusivement par les entreprises, sur les sommes versées sous forme d’intéressement ou de participation. D’abord fixé à 2 %, ce « forfait social » est passé à 4 %, puis à 6 % pour s'établir à 8 %. Soit un coût pour les entreprises de l’ordre de 1 milliard d’euros. Aujourd’hui, le gouvernement a l’intention de porter le taux du forfait social à 20 %. Il prévoit également d’inclure participation et intéressement dans l’assiette des rémunérations retenues pour les allégements de charges sur les bas salaires. Au total, ces deux mesures alourdiraient les charges des entreprises de 4 et 5 milliards d’euros par an. Bien sûr, les entreprises vont essayer de réduire leurs charges d’un montant équivalent. Elles le feront en renégociant leurs accords de participation dérogatoires quand elles en ont et, surtout, leurs accords d’intéressement. Les montants versés au titre de l’intéressement pourraient ainsi baisser de plus de moitié. L’intéressement étant très majoritairement versé immédiatement à son bénéficiaire, l’impact sur le pouvoir d’achat sera instantané. Mais il y aura aussi un impact direct sur l’emploi, car celui-ci est largement dépendant de son coût global et celui-ci sera alourdi tout de suite, alors que la récupération via l’intéressement mettra de trois à quatre ans. Au total, les effets directs de la mesure envisagée sur les résultats des sociétés et plus encore les effets indirects sur la productivité, l’absentéisme, l'épargne, la consommation et l’emploi coûteront très vite aux comptes publics bien plus que les recettes escomptées. Notre premier propos, ici, est donc d’attirer l’attention du gouvernement sur le caractère illusoire de cette mesure. Mais il est aussi de pointer que la première mesure du gouvernement envers les entreprises consiste à établir une taxe qui va frapper lourdement les seules entreprises profitables (sinon il n’y a rien à partager) et qui, de surcroît, partagent ce profit avec leurs salariés, c’est-à-dire précisément celles qu’il faudrait encourager. Lire la suite : cliquez ici