Le téléphone a sonné. Encore. Et encore. Avec au bout du fil des voix de clients sans doute inquiets. Dans la très respectable et feutrée Banque Hottinguer à Paris, cette semaine, il a fallu gérer une confusion d’identité avec son homologue helvète Hottinger & Cie SA qui, lui, fait l’objet d’une procédure de faillite en Suisse. L’affaire est allée loin puisque la banque française à Paris s’est fendue d’un communiqué précisant l’absence de lien entre les deux maisons. Entre Hottinguer et Hottinger, il y a bien une lettre de différence. Mais les clients à Paris n’ont sans doute voulu voir que des chiffres…En évoquant le « U » justement, nul ne sait si un jour les Immortels sous la Coupole débattront de l’opportunité d’accepter « ubérisation » dans le dictionnaire de la langue française. En attendant aussi la définition qu’ils en donneront, la gestion collective n’aura pas échappé à ce qui constitue un véritable phénomène de société. C’est en tout cas la conviction de Markus Fuchs, directeur de la Swiss Funds & Asset Management Association (SFAMA) interrogé cette semaine par nos confrères du Temps. Avec d’ores et déjà une polémique : face à l'émergence de nouvelles plateformes de fonds, à la simulation de portefeuille sans conseiller bancaire et à la baisse des coûts, faut-il parler « d’ubérisation » ou de «low costisation » ? Cela étant, avant même de parler des transformations de la gestion d’actifs, un grand nombre d’études et d’articles se sont attachés cette semaine à en recenser toutes les limites. A commencer par les difficultés des fonds souverains qui pénalisent les sociétés de gestion. Ces derniers cherchent en effet à réduire le coût de leurs investissements et, en conséquence, à couper leurs liens avec les sociétés de gestion externe pour soutenir les économies réalisées et internaliser leur gestion d’actifs. « L’impact sur les revenus des sociétés de gestion va durer », a annoncé Moody’s qui note que des groupes comme State Street et BlackRock en pâtissent déjà.Dans un autre genre, un autre géant de l’asset management a souffert de rumeurs liée à son état de santé. Aberdeen AM a ainsi été donnée à vendre, compte tenu des difficultés des marchés émergents dans lesquels la société investit largement. Par ailleurs, la société écossaise aurait du mal à retenir ses talents en raison de l’effet négatif sur les bonus… Aberdeen AM a immédiatement démenti. Pour ne rien arranger, la gestion active a aussi été attaquée cette semaine sur ses résultats. Selon une étude de S&P Dow Jones Indices, neuf fonds actions sur dix de la zone euro gérés activement ont fait moins bien que leur indice de référence sur dix ans au 30 juin 2015. On pourra se dire que la gestion passive y trouve son compte – notamment celle calée sur les indices du commanditaire de l’étude - mais tout de même. Les chiffres sont les chiffres… Quoi qu’il en soit, personne n’a été épargné par les sombres constats ou perspectives. Tels les assureurs qui affichent une propension de plus en plus marquée au risque selon une étude de BlackRock. « L’impact du QE sur le prix des actifs a presque doublé l’appétence au risque des assureurs et 57% d’entre eux comptent s’exposer davantage au risque sur les 12-24 prochains mois, contre 33% il y a un an », indique le document. Alors faut-il tout voir en noir cette semaine ? Pas forcément. Des résultats financiers publiés ce troisième trimestre montrent pour certains une belle résistance. Tels ceux d’AXA ou d’Amundi dont la collecte a bien amorti la baisse des marchés cet été. Par ailleurs, les grandes figures de l’asset management ne disparaissent jamais vraiment. Virginie Maisonneuve, l’ancienne responsable mondiale de la gestion actions chez Pimco, partie en août 2015, revient sur le devant de la scène. Elle vient de lancer à Londres sa propre société de conseil et de recherche en investissement et en gestion. De Pimco à AllianzGI, il y a un pas. Une fois franchi, il est clair que la maison mère de Pimco ne veut pas d’effet de surprise dans les changements de gouvernance. Aussi vient-elle de prévenir qu’au printemps 2016, Elizabeth Corley quittera ses fonctions de directrice générale pour prendre le poste non exécutif de vice-présidente. Elle sera remplacée par Andreas Utermann en tant que CEO.Autre bonne nouvelle, du côté des investisseurs cette fois : l’appétit pour le risque ces derniers jours ne se dément pas. Et pour la première fois depuis février 2015, les fonds dédiés aux actions, aux obligations et aux matières premières ont enregistré des flux positifs durant la semaine au 21 octobre. Les premiers notamment ont capté une collecte nette de 5,1 milliards de dollars, la plus importante des cinq dernières semaines. Enfin, terminons cette semaine en nous accordant une petite exception : rappeler une jolie histoire dans le monde de la gestion d’actifs qui ne figurait pourtant pas parmi les nouvelles plus importantes de la semaine. Relatée dans un article du très sérieux Wall Street Journal repris par Newsmanagers mercredi, il est question d’un prêtre orthodoxe grec aux Etats-Unis qui s’adonne à la gestion d’un hedge fund depuis trois ans. L’homme explique qu’il voit les choses avant qu’elles ne se produisent et imagine que c’est là un don de Dieu. Jusqu’à la mi-2015, on peut le croire. Le fonds a dégagé un résultat de 150 %. Mais au premier semestre de cette année, il affiche une perte de 3 %. Face à cette déconvenue, le prêtre-gérant n’est pas allé prêcher la bonne parole mais a demandé aux 14 familles ayant investi de ne pas faire attention à la performance à court terme et… de prier pour le fonds. Convaincre que les voies du Seigneur peuvent être impénétrables en quelque sorte, et espérer que la courbe de la performance annuelle du fonds dessine vite… un « U ».