La seconde conférence plénière qui s’est tenue jeudi 18 mars dans le cadre du Forum GI sur le thème de la responsabilisation des Français dans le financement de leur retraite, avec, en sous-jacent, le rôle et les responsabilités des sociétés de gestion dans l’accompagnement et la pédagogie des épargnants, ainsi que le rôle des entreprises auprès des salariés, a permis, dans un premier temps, aux intervenants, de relever les différents écueils dont souffre l'épargne retraite en France - mais aussi en Europe – et, aussi, de «baliser» le terrain à des produits encore manquants dans le paysage financier. En préambule, Jacques Delmas Marsalet, membre du collège de l’Autorité des marchés financiers s’est ainsi livré à une analyse de la situation, et a rappelé les raisons qui doivent conduire au transfert des passifs de long terme vers les épargnants. La situation est claire a noté en substance Jacques Delmas Marsalet. «Compte tenu de notre système par répartition à bout de souffle, du vieillissement de la population et des décisions incontournables qui en découlent (allongement de la durée de cotisations notamment), il est nécessaire d’encourager la constitution d’une épargne retraite pour ceux qui sont en mesure de le faire. Essentiellement les cadres». Reste à définir la façon dont l’opération peut se réaliser. Autrement dit, par l’intermédiaire de quel véhicule financier ? A ce sujet, Jacques Delmas Marsalet n’a pas mâché ses mots : l'épargne retraite doit être placée dans des produits d’épargne bloqués… jusqu'à la retraite ! Il s’agit pour lui du seul moyen pour les sociétés de gestion de mener une gestion audacieuse avec un horizon de long terme, plus important que celui de produits d'épargne dite longue tels que l’assurance vie, permettant de surcroît de s’affranchir de contraintes réglementaires (Solvabilité 2, etc.) incompatibles avec une phase d'épargne de long terme. Quant à la phase d'épargne, elle doit passer par des versements programmés, à même de renforcer la pédagogie de l’opération et son «lissage» dans le temps. Cela dit, Jacques Delmas Marsalet a regretté la «confusion des genres» réalisée via l’assurance vie, souvent présentée dans les agences bancaires comme un produit d'épargne de court terme compte tenu des facilités de retraits et de la faible fiscalité qui y est attaché dès les premières années suivant la souscription. Jacques Delmas Marsalet est également revenu sur le rôle des différents acteurs financiers dans cette vaste entreprise. Outre le rôle des pouvoirs publics qui devraient redéployer les avantages fiscaux en faveur de l'épargne retraite, il a noté qu’avec ce type d'épargne – une épargne longue - les sociétés de gestion avaient carte blanche pour laisser libre cours à l’innovation, via des produits présentant une gestion à horizon, et sécurisant les sommes investies en fonction de l'âge de la retraite. «L’idée générale étant proposer du prêt à porter et non du sur mesure». Enfin, dans les entreprises, Jacques Delmas Marsalet a noté l’intérêt du Perco très convaincant, qu’il faudrait étendre aux PME. En dépit de la nécessité de réaliser un produit d'épargne longue, des possibilités de déblocage anticipé pour des raisons telles que l’acquisition d’une résidence principale doivent être maintenues. Intervenant dans la foulée, Paul Henri de la Porte du Theil, président de l’AFG, a enfoncé le clou en soulignant le manque de cohérence de la fiscalité qui avantage les produits de court terme – le livret A par exemple, totalement exonéré d’impôts et de prélèvements sociaux – alors qu’il est plus important d’encourager l'épargne retraite. De la même façon, le président de l’AFG a regretté l’absence de réponses en matière de produits d'épargne retraite, notamment individuel, en mesure de «suivre» le salarié tout au long de sa carrière professionnelle. A propos du Perco, Paul Henri de la Porte du Theil a souligné les résultats encourageants d’un produit très interessant. Il a néanmoins remarqué lui aussi que celui-ci n'était proposé que dans le cadre de grandes entreprises et a souhaité qu’il se développe plus largement. Il a, à ce titre, prévenu que les sociétés de gestion était prêtes sur le plan financier à proposer ce type de produit. En matière de contrainte administratives – avec la présence d’un dépositaire, valorisateur, teneur de compte -, le nouveau dessin de l’asset management – avec la création de «grosses machines» comme Amundi - peut répondre favorablement à leurs attentes. Au total, pour lui, les sociétés ont à la fois un rôle important à jouer dans la conception des produits et aussi dans le conseil. De son côté, Jean-Baptiste de Franssu, président de l’EFAMA et CEO d’Invesco a insisté sur la complexité de la fiscalité européenne et le moindre développement d’une culture d'épargne de long terme sur le vieux Continent. Il a également martelé que l'éducation financière des Européens et la distribution allaient de pair et nécessitaient qu’on s’en soucie. A cet égard, il a également déploré l’absence de portabilité des systèmes de retraite et a insisté sur l’intérêt d’un passeport européen. Philippe Tibi, président d’UBS France et président de l’AMAFI (Association Française des Marchés Financiers) s’est montré plutôt réservé sur un système de retraite en France basé sur des fonds de pension et sur des produits individuels, en raison a-t-il indiqué de l’absence de consensus social. De fait, Philippe Tibi a rappelé la nécessité d'élaborer des solutions bénéficiant dudit consensus social, permettant la réalisation d’une allocation d’actifs, à l’image du Fonds de réserve pour les retraites. Cela étant, le président de l’AMAFI s’est dit convaincu de l’importance d’inculquer une culture de l’action aux Français pour mener à bien l’entreprise fixée. A condition de prendre des références adaptées comme des indices pondérés du risque en l’occurence. Enfin, la dernière intervention, réalisée par Christine Dehesdin, directeur du Service Compensation & Benefits de GDF Suez a permis au public de prendre connaissance de la mise en place concrète d’un Perco au sein d’une entreprise qui est composée en France, de 350 sociétés de toute taille. Outre la complexité de la mise en place de ce produit qui vient s’ajouter dans le groupe aux autres produits tels que les contrats articles 83, etc, Christine Dehesdin a rappelé l’importance de l’implication et de la formation des salariés averses au risque dès lors que la Bourse s’affiche dans le rouge…