L’heure est venue pour l’industrie de la gestion d’actifs d’occuper le devant de la scène et de jouer un rôle croissant dans le soutien à l'économie mondiale, estime une étude conjointe de Caceis et PwC («Asset management moves into the spotlight»), présentée lors du Fund Forum International à Monaco. Alors que le secteur a réussi à tirer un trait sur la crise financière, avec des actifs sous gestion à l'échelle mondiale qui ont dépassé les niveaux d’avant-crise et qui pourraient même atteindre les 100.000 milliards de dollars à horizon 2020, toute une série de grandes tendances de fond a émergé et créé de nouvelles opportunités pour les acteurs de la gestion. «Le paysage financier a beaucoup changé au cours des sept dernières années et plusieurs forces sont actuellement en train de redessiner l’industrie», a expliqué François Marion, CEO de Caceis, évoquant l’impact de la réglementation, le vieillissement de la population mondiale, l'écart croissant entre les riches et les pauvres, les changements de politiques publiques dans un contexte de désendettement des États, et, enfin, le développement croissant des nouvelles technologies digitales.Les auteurs de l'étude mettent surtout en exergue le rôle croissant que pourraient jouer les gestionnaires d’actifs dans le financement de l'économie. De fait, soumis à une cascade de nouvelles réglementations, les banques ont été contraintes à réduire significativement leurs activités de prêts aux entreprises ou à pans entiers de l'économie réelle, comme les infrastructures, «mais les besoins de financement n’ont pas diminué», notent les auteurs de l'étude. Ils rappellent ainsi que, selon le World Economic Forum, les besoins de financement des infrastructures au niveau mondial s'élèvent à 2.000 milliards de dollars chaque année. L’enjeu est le même pour le financement des PME, confrontées à des banques qui ont restreint leur distribution de crédit. «La gestion d’actifs doit capter les opportunités là où elles existent, à savoir le financement des loans, du private equity, des infrastructures et des PME car les banques se retirent de ces activités à cause de la réglementation», a souligné François Marion. Les auteurs de l'étude jugent en effet que «en l’absence de financement disponible pour les infrastructures et les PME, un écart de financement va se créer et se développer, et les gestionnaires d’actifs peuvent compenser la diminution des sources de financement traditionnelles et répondre à la demande croissante de crédit».Toutefois, pour être en mesure de saisir de telles opportunités, «l’industrie doit renforcer ses relations avec les régulateurs et autres autorités publiques afin de collaborer davantage pour créer un cadre d’investissements efficace» et être également capable de «fournir des solutions innovantes et durables», avancent les auteurs de l'étude. «La gestion d’actifs va continuer d'être fortement réglementée mais l’industrie doit participer à la définition de ces réglementations en discutant davantage avec les régulateurs et les institutions publiques», a insisté François Marion.L'étude relève qu’une autre force majeure est à l'œuvre et nécessite toute l’attention des gestionnaires d’actifs : la forte croissance des actifs des fonds de pension et des fonds souverains. A ce titre, les sociétés de gestion vont devoir jouer un rôle plus important à l’avenir pour mobiliser ses investisseurs à long terme dont le poids va encore augmenter dans les années à venir. Selon les estimations de PwC, les encours des fonds de pensions devraient passer de 33.900 milliards de dollars en 2012 à 56.500 milliards de dollars au niveau mondial au cours des cinq prochaines années, soit une croissance annuelle de 6,6% en moyenne. La tendance est similaire pour les fonds souverains. Depuis 2000, 53 nouveaux fonds souverains ont ainsi vu le jour pour porter leur nombre à 62 au niveau mondial, selon le Sovereign Wealth Fund Institute. Par ailleurs, leurs encours devraient atteindre 8.900 milliards de dollars à horizon 2020 contre 5.200 milliards de dollars en 2012. «Les gestionnaires d’actifs doivent donc s’adapter aux besoins de ces investisseurs en termes de performance d’investissement, de gestion des risques, de conformité et de reporting s’ils veulent espérer saisir cette opportunité, avance l'étude. Afin de maintenir ou d’accroître leur part de marché auprès de ces investisseurs institutionnels, les acteurs vont devoir faire plus que battre le benchmark. Ils devront aussi exceller dans la gouvernance, leurs forces opérationnelles et la transparence. Gagner la confiance de ces investisseurs sera critique dans notre environnement post-crise."Autre défi de taille : revoir leurs gammes de produits pour gagner en simplicité et en lisibilité. «Les sociétés de gestion doivent concevoir moins de produits mais avoir des produits plus simples, a avancé François Marion. Ils y a aujourd’hui trop de produits sur le marché et ils sont souvent complexes. Les acteurs capables de créer des produits simples seront plus à même de saisir les opportunités qui s’offrent à l’industrie."Enfin, les gestionnaires d’actifs ne devront pas rester à l'écart du développement croissant d’Internet et, donc, «entrer dans l'ère du digital». «Les sociétés de gestion ne font pas la course en tête sur le terrain des nouvelles technologies, a observé François Marion. Pourtant, Internet va changer le mode de production et de distribution. Ces technologies peuvent permettre de créer un canal direct avec les investisseurs, les conseillers financiers, les gérants, les distributeurs et les clients."Finalement, alors que la gestion d’actifs a l’opportunité d’occuper le devant de la scène, les acteurs du secteur «devront repenser et redéfinir leurs relations avec les principales parties prenantes (investisseurs, distributeurs, régulateurs et législateurs) et évaluer leurs activités et leurs modèles économiques pour les adapter à ce nouveau paradigme», conclut l'étude.