Publié récemment par le CFA Institute, le rapport portant sur les incitations commerciales (*) - ou «inducements» - pointe l’ambiguïté de ce mode de rémunération, tant pour les épargnants que pour les conseillers, et aborde la diversité des réponses qui ont été apportées par les régulateurs. Invité sur Newsmanagers TV, Philippe Maupas, président du CFA Society France, a tout d’abord recensé les pays interdisant les incitations commerciales dans le domaine de la distribution. Dans ce très petit cercle, le Royaume-Uni fait naturellement office de porte-drapeau, en imposant les «inducements» aux conseillers se revendiquant indépendants. Cela étant, il faut ajouter les Pays-Bas où les réseaux bancaires dominent dans l’univers de la distribution, ou encore l’Australie qui, non seulement a banni les incitations commerciales, mais a aussi introduit simultanément une relation importante, statutairement fiduciaire, entre l’intermédiaire financier et le client. «Ce lien n’existe pas en Europe continentale mais pourrait amener un progrès considérable», a noté Philippe Maupas. Enfin, il faut également noter qu’en Suisse, les institutions doivent intégralement rétrocéder les rétrocessions à leurs… clients. Le décor étant planté, il n’en reste pas moins que l'étude constate la nette préférence des épargnants pour un système basé sur le paiement d’une commission plutôt que pour un modèle reposant sur le versement d’honoraires, en contrepartie d’un service identifié. L’argument, selon Philippe Maupas, est psychologique et parfaitement compréhensible. «Les rétrocessions fonctionnent très bien, et même sont ignorées de beaucoup de clients», a-t-il relevé. «Elles donnent la sensation que la prestation de service est gratuite, ce qui est logiquement apprécié. Même si le fait que le coût soit «transparent» donne l’impression d’une moindre valeur au dit service…L'étude du CFA Institute s’est également intéressée aux mesures de lutte contre les pratiques abusives existantes, insuffisamment appliquées, voire inexistantes. «De nombreux régulateurs ne sont pas en capacité ou ne disposent pas des moyens suffisants pour faire appliquer les dispositifs de protection des investisseurs en vigueur», relève Philippe Maupas. A ce jeu, la solution passe sans doute par les gouvernements et les allocations budgétaires allouées au régulateur, a indiqué le responsable. Reste enfin que d’un point de vue culturel, la finance souffre d’une image très dégradée et il incombe dans ce cadre de changer les pratiques. Comment ? «En modifiant le mode de rémunération, ce à quoi les membres du CFA Institute sont largement favorables», a indiqué Philippe Maupas. Concrètement, leurs recommandations portent sur la révision du mode de commissionnement, l’interdiction des incitations conduisant à vendre toujours plus, et l’homogénéisation des taux de commissionnement pour éviter de promouvoir un fonds au détriment d’un autre. http://www.newsmanagers.com/NewsManagersTV/unexpertvousparle.aspx?id=852 (*) Incitations au sens large du terme puiqu’elle dépasse les seules retrocessions sur les frais de gestion en intégrant celles sur les frais d’entrée et les incitations commerciales de quelque nature que ce soit...