Le foot rend fou… Des pseudo supporters bien entendu, comme les images en boucle sur les écrans de télévision l’ont montré ces derniers jours. Mais pas seulement. L’actualité de la gestion d’actifs, sans verser naturellement dans le hooliganisme, s’affiche elle aussi sens dessus dessous à l’occasion de cette première semaine de l’Euro 2016 en France. Car enfin, pas moins de trois enquêtes sont venues s’entrechoquer dont les conclusions peuvent laisser perplexes pour ne pas dire déboussolés… Donnons la priorité à la plus récente d’entre elles et constatons que, selon le dernier sondage BofA Merrill Lynch, les investisseurs se montrent excessivement attentistes. Chiffres à l’appui, ils ont d’ailleurs des montagnes de cash, avec des poches de 5,7% en ce début juin, soit leur plus haut niveau depuis novembre 2001, indique l’étude. Tout cela a du sens serait-on en droit de penser compte tenu des incertitudes qui planent, notamment sur le vieux Continent, où l’éventualité d’un vote en faveur du Brexit de l’autre côté de la Manche accentue la désaffection des investisseurs pour les actions européennes. Mais une autre étude - annuelle celle-là - réalisée par Schroders, réalise un parfait contrepied. On y apprend cette fois que les investisseurs individuels sont décrits comme très optimistes et très orientés sur le court terme ! Pour parvenir à cette conclusion, pas moins de 20 000 investisseurs particuliers répartis dans 28 pays (dont 1 000 en France) ont été interrogés. Et force est de constater que leurs attentes sont surprenantes. Qu’on en juge : pour leurs placements, les sondés visent un rendement de 9,1% en moyenne sachant qu’ils ne gardent leurs actifs financiers que pendant un peu plus de trois ans... A l’impossible nul n’est tenu. On remarquera au passage que les investisseurs français sont parmi les plus optimistes en termes de génération de rendement, juste derrière ceux de l’Espagne et du Portugal. Est-ce tout en matière de contradiction ? Que nenni ! Une nouvelle étude de Morningstar ces derniers jours vient démontrer que les investisseurs continuent d’acheter et de vendre à contretemps. «Les investisseurs ont tendance à acheter au plus haut et à vendre au plus bas, ce qui leur fait perdre du rendement sur les gains enregistrés par un fonds». Dès lors, justifier l’optimisme et les attentes mises en exergue par l’étude précédente devient un exercice délicat... Peut-être, si l’on se réfère à une étude de Cerulli ces derniers jours, les services de conseil robotisé vont-ils avoir un rôle positif à jouer. En tout cas, ils pourraient être une solution pour certains Américains. En l’occurrence, ceux dont les portefeuilles sont trop petits pour attirer l’attention des conseillers financiers.Puisque l’on est dans le contradictoire, sinon l’étrange, on notera également que les marchés ont apporté leur contribution ces derniers jours. Surtout les marchés obligataires. Ainsi, désormais, environ 16% des 2 800 milliards d’euros d’encours d’obligations corporate libellées en euro et bien notées, soit l'équivalent de 440 milliards d’euros, affichent un rendement négatif. Au début du mois de mai, selon des données de la plateforme de transactions obligataires Tradeweb, cette part n’était que de 5 %. Le niveau des taux des obligations inquiète donc à bon droit. Et l’on peut légitimement penser qu’au niveau des Autorités on préfère prévenir que courir. C’est ainsi que l’on a appris cette semaine que le gouvernement veut encadrer davantage la rémunération de l’assurance vie, les « pressions » commerciales tirant vers le haut les rendements alors que le niveau des taux et la raison incitent clairement au mouvement inverse. La situation étant jugée dangereuse, le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) pourrait se voir confier sur le sujet de nouveaux pouvoirs. A suivre donc. Mais il n’y a pas que la réglementation qui s’intéresse au monde de l’assurance. Allianz France vient également d’annoncer la création d’un fonds d’investissement stratégique dédié au financement de start-up qui «bousculent aujourd’hui le marché de l’assurance». Cela étant, s’il est question d’originalité, un hedge fund spécialisé sur la météo rivalise d’ores et déjà avec lui. Le fonds emploie des traders et spécialistes en météorologie qui recherchent des anomalies dans les prévisions météo et dénichent des opportunités d’arbitrage. Il a dégagé plus de 67 % lors de sa première année et environ 970 % depuis son lancement il y a dix ans. Gageons que si le fonds parie sur la pluie, sa stratégie est clairement directionnelle ces derniers jours...Enfin, terminons cette lettre par le résultat d’une enquête du Cabinet Oliver Wyman cette semaine selon laquelle l’accession des femmes à des postes de direction dans les services financiers avance mais très doucement. En chiffres, seulement un cinquième des conseils d’administration et 16% des comités exécutifs dans les services financiers comptent des membres féminins. «A ce rythme, il faudrait encore 30 ans pour atteindre le seuil de 30% de femmes au sein des comités exécutifs dans les services financiers au niveau mondial», pointe Oliver Wyman. Sachant l’apport des femmes dans la performance des entreprises, il serait bon d’accélérer le mouvement. D’autant que leur confier dès maintenant les responsabilités qu’elles sont en droit d’assumer permettrait sans doute au monde de tourner plus rond. Comme un ballon.