Angelika Millendorfer, directrice de l’investissement pour les actions émergentes chez l’autrichien Raiffeisen Capital Management (RCM), estime que désormais, les portefeuilles des investisseurs sont bien pourvus en actions des pays asiatiques et latino-américains. De passage à Paris, elle a donc exprimé l’espoir qu’avec la dissipation des craintes de récession à double détente (double dip) et une moindre inquiétude sur la dette souveraine en Europe, les souscripteurs tant «retail» qu’institutionnels se réintéresseront à l’Europe émergente, qui est l’une des spécialités de RCM. Après tout, souligne-t-elle par exemple, le multiple actuel du marché russe est de seulement 7 ce qui est une décote trop forte, même si ce marché ne mérite pas pour autant une prime. Il existe aussi, de manière plus générale, un potentiel d’appréciation pour les monnaies émergentes. Sans compter que l’aversion au risque à diminué, ce qui est bon pour les marchés d’actions, dans un environnement où il n’y a pas de risque sérieux de bulle sur les marchés émergents, poursuit la spécialiste de RCM.L'équipe d’Angelika Millendorfer compte sept personnes, dont trois spécialistes de l’Europe émergente, trois de l’Asie et un de l’Amérique latine. Elle gère au total 2,1 milliards d’euros en principe selon une approche fondamentale et de sélection de valeurs, avec un taux de rotation faible (les titres sont conservés en moyenne 1 an et demi à 2 ans) : en plus des mandats, elle est responsable que quatre fonds principaux de droit autrichien, à savoir Osteuropa-Aktien (environ 600 millions d’euros, 66 valeurs), Russland-Aktien (40-50 millions, 50 lignes), Eurasien-Aktien (800 millions, 100-120 actions) et un fonds d’actions de l’ensemble du monde émergent (Raiffeisen EmergingMarkets-Aktien environ 200 millions, 110 lignes). Ce dernier produit, qui a été «rapatrié» de chez Wellington en 2008 (il pesait seulement 30 millions à l'époque), se différencie un peu du restant de la gamme parce qu’il est à 70 % quantitatif value et à 30 % discrétionnaire. A noter par ailleurs que des clones des trois premiers fonds figurent parmi les quatre premiers compartiments d’une nouvelle sicav de droit luxembourgeois (lire notre article du 16 septembre).Actuellement, RCM privilégie sur la Russie les valeurs des télécommunications, de la santé, de la consommation et des banques (Sberbank est la première ligne du portefeuille), et sous-pondère l'énergie, les industrielles et les utilities. Angelika Millendrofer reste en effet prudente parce que Moscou ponctionne fiscalement trop le pétrole et le gaz. Pour la Turquie, où les bons résultats de ces derniers mois ont incité le gestionnaire autrichien à prendre quelques profits, le secteur bancaire reste attrayant. RCM est légèrement sous-pondéré sur la Pologne, notamment en ce qui concerne les industrielles et les matériaux de base, mais toutefois avec une surpondération des télécommunications et de bancaires. Les fonds n’ont qu’une poignée de valeurs défensives (télécommunications, utilities) tchèques et hongroises et n’ont pratiquement aucune valeur slovaque, roumaine ou des pays baltes, où les marchés sont trop illiquides.Pour compléter son dispositif, Angelika Millendorfer est en phase de recrutement d’un junior manager pour l’Asie, qui est la zone de plus forte croissance dans le monde. D’ailleurs les quatre marchés de l’Asean (Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande) qui figurent dans le portefeuille du fonds Eurasia continuent de très bien performer. Le CIO actions émergentes indique que RCM étudie la possibilité de lancer un fonds dédié plus spécifiquement à l’Asie mais qu’aucune décision ferme n’a encore été prise.