Marc Reinganum, senior managing director et global head, active equities developed market, a rejoint State Street Global Advisors (SSgA) voici environ un an avec la mission de développer et d’améliorer les modèles quantitatifs qui représentent une grosse partie des portefeuilles d’actions gérés d’une manière active. Cette stratégie pesait 26 milliards de dollars d’encours au 30 septembre. Dans ce cadre, le rôle de coordination confié à Marc Reinganum - qui revendique 25 ans d’activité de chercheur de praticien, de professeur et de consultant - vise à améliorer ces fameux modèles et à les rendre davantage compatibles à l'échelon mondial. Newmanagers l’a rencontré pour quelques explications sur la nouvelle méthodologie, qui n’est en fait qu’une évolution du ou des processus existants. L’intéressé résume sa mission en indiquant que «l’idée est de partager efficacement les meilleures idées à l'échelon mondial entre les divers centres de gestion du groupe. Et de le faire à chaque fois en intégrant le savoir-faire des gérants locaux».Garder le modèle, mais en y injectant des paramètres complémentairesBien entendu cette quête de qualité qui s’appuie sur la grille de lecture actuelle de la gestion quantitative, avec plus d’une centaine de facteurs, correspond à un souci de desserte quasiment personnalisée : «Nous nous efforçons de trouver les meilleures solutions actives pour satisfaire les desiderata de chacun de nos clients».Dans la pratique, cette évolution a débuté de manière très classique, puisque «nous avons commencé par regarder quels facteurs génèrent de la performance en moyenne sur longue durée, ceux qui ont fonctionné dans des périodes normales, avec -je dirais- 60 % de réussite», comme le souligne Marc Reinganum.Le but de l’opération est de travailler «sur des modèles qui doivent fonctionner également en période de turbulences. En fait, nous nous attachons à modifier de manière dynamique le poids des différents éléments en fonction de l'évolution des facteurs macro-économiques. Le processus reste le même et, en plus il est adapté aux différents marchés sur une base régionale».Evolution, donc, pas révolution. Et le processus était déjà en marche avant même le recrutement de Marc Reinganum puisque ce dernier souligne que «en Europe et notamment à Paris, les équipes ont déjà introduit par exemple en 2009 une variable que l’on pourrait considérer d’ordre comportemental, la probabilité de défaut. Nous avons pris cet élément en compte à l'échelon mondial mais chacun ensuite en module l’utilisation en fonction de sa pertinence pour son marché».Concrètement, explique encore le spécialiste, «c’est en quelque sorte une couche plus profonde de modélisation quantitative. Nous nous focalisons sur un horizon intermédiaire, c’est-à-dire 6 à 12 mois pour extraire des signaux clairs du bruit statistique».Une évolution empirique pour une offre nouvelleCela posé, Marc Reinganum insiste bien sur le fait qu’il ne s’agit pas de tout bouleverser et que les valeurs fondamentales, si l’on peut dire en parlant de gestion quantitative, demeurent intactes. Car, après tout, «nous investissons dans des entreprises qui sont elles-mêmes baignées dans un environnement donné. Mais, attention, une «bonne» entreprise peut très bien performer dans un environnement par ailleurs adverse. Et inversement. D’où l’intérêt de ne pas s'éloigner des bases rigoureuses de la gestion quantitative».Tout cela repose sur des bases très scientifiques, puisque la gestion quantitative implique aussi de respecter une procédure rigoureuse et validée par l’expérience : «Notre ambition est de rétropoler cette nouvelle approche sur 25 à 30 ans. Je puis vous dire que pour l’instant les simulations que nous avons pu faire montrent que la stratégie aurait permis de dégager une performance supérieure de 300 points de base dans un contexte de risque mesuré et de 600 points de base en s’autorisant un budget de risque moins restrictif».Bien entendu, cette recherche ne se limite pas à améliorer les processus existants et à les harmoniser sur le plan de la doctrine. Elle doit aussi déboucher à terme sur une offre nouvelle. «Ces travaux doivent nous permettre de créer de nouvelles stratégies pour servir notre clientèle. Ce pourront être par exemple des produits de plus forte conviction, sans limitation rigide des participations avec plus de performance et moins de benchmark. Mais il est aussi loisible d’imaginer des produits avec une exposition concentrée à certains des facteurs sur tout le spectre des marchés d’actions. Ce serait alors une boîte à outils dont on extrairait les meilleures idées en se préoccupant moins du contrôle des risques. Mais cela s’adresserait à un autre groupe de clients que ceux que nous servons actuellement».Pragmatique, Marc Reinganum souligne qu’il faut préparer le terrain et, à cette fin, «il nous faut à présent expliquer l’évolution de notre recherche aux clients et consultants».