Le redressement relatif des marchés étant désormais en bonne voie, la composition des portefeuilles institutionnels européens apparaît plus claire. Selon la 11ème édition de l’enquête EIAMS (European Institutional Asset Management Survey) soutenue par Invesco, les obligations «représentent le futur». Cette dernière enquête, qui porte principalement sur les fonds de pension et les compagnies d’assurances européens, fait en effet état d’une hausse durable de la part des obligations dans les portefeuilles institutionnels européens, tandis que la part des actions a été quelque peu réduite et celle de l’immobilier a été seulement maintenue dans les portefeuilles entre 2009 et 2010.La part globale des obligations est passée de 51% en 2009 à 58% en 2010, niveau le plus élevé depuis 2006. Les actions sont tombées à 27% des actifs en 2010 contre 29% en 2009, mais ce niveau reste supérieur à celui de 2008, l’année de la crise (25%). Les investissements alternatifs ont bien résisté (environ 12% des portefeuilles) tandis que l’immobilier a maintenu sa part moyenne de 7%. Les produits de trésorerie, qui représentaient 5% des portefeuilles en 2009 et 10% en 2008, sont tombés à 2%, les investisseurs ayant fait leur retour sur le marché. Tous les signaux sont au vert pour les obligations. En Europe, la duration moyenne des engagements des investisseurs est passée de 15,69 ans en 2009 à 16,37 ans, inversant la tendance baissière observée dans les enquêtes précédentes. De plus, 22% des répondants ont déclaré qu’ils avaient l’intention d’accroître leur allocation aux obligations, alors que 16% comptent la réduire. Selon Michael Gartmann, managing director et directeur de l’activité institutionnelle en Allemagne chez Invesco, le recentrage marqué sur les obligations pourrait refléter notamment la prudence des investisseurs à l’égard de la reprise économique mondiale et les pressions que les exigences de la directive Solvabilité II font peser sur le secteur de l’assurance. Les obligations d’entreprise semblent être les grandes gagnantes du regain d’intérêt des investisseurs pour l’obligataire aux dépens des emprunts d’Etat. Si plus d’un cinquième des investisseurs ont l’intention d’accroître leur allocation obligataire, 31% ont décidé de réduire leur allocation aux obligations d’Etat et 30% privilégient les obligations d’entreprise. L’enquête témoigne également d’un intérêt grandissant pour la dette des pays émergents qui s’explique par les craintes inflationnistes, les faibles rendements des obligations d’Etat et l’idée de plus en plus répandue selon laquelle la dette souveraine des pays développés ne peut plus être considérée comme une classe d’actifs sans risque. Toutefois, en dépit de la domination croissante des obligations, «les jeux ne sont pas encore faits entre les différentes classes d’actifs», tempère Michael Gartmann: 19% des investisseurs ont l’intention d’accroître leur allocation aux actions et 26% leur allocation à l’immobilier, alors que 15% et 7% respectivement comptent réduire ces composantes. Seuls les grands investisseurs (plus de 5 milliards d’euros d’actifs, représentés principalement par des compagnies d’assurances au sein de l’échantillon) ont réduit leurs avoirs en actions tout en augmentant fortement la part des obligations. A noter par ailleurs que l’enquête confirme la tendance des investisseurs à avoir recours à des gérants externes, avec 67% des répondants contre 64% en 2009. Les investisseurs n’hésitent toutefois plus à changer de prestataire et ils sont de plus en plus nombreux à mettre un terme à leurs relations avec les gérants externes (53%, contre 40% en 2009).