On sait que, durcissement des réglementations prudentielles aidant, Aviva Investors s’efforce de sortir de plus en plus de l’ombre de sa maison-mère, l’assureur Aviva, et de commercialiser ses savoir-faire à l’extérieur, notamment en France. C’est à présent le cas aussi pour le volet marchés émergents, comme Newsmanagers a pu le constater lors d’un entretien à Paris avec Laurence Bensafi, gérante de fonds, et Julie Dickson, head of client portfolio management, equities & global investment solutions.La genèse de l’aventure tient au fait que, voici quatre ans, Aviva Investors a eu l’intuition que les clients allaient demander davantage de briques «marchés émergents» diversifiées pour leurs portefeuilles, et qu’ils se focaliseraient moins sur d’autres produits que les fonds «core» marchés émergents, plus généralistes. Actuellement, l'équipe marchés émergents emploie trois gérants et trois analystes dédiés pour un encours de plus de 9 milliards de dollars (6,5 milliards pour les actions actuellement, 3,1 milliards pour l’obligataire et 182 millions pour l’immobilier à fin décembre 2010) ; trois analystes supplémentaires vont d’ailleurs être recrutés dans les mois qui viennent. Et les gérants marchés émergents d’Aviva Investors présentent par rapport à leurs homologues d’autres sociétés la particularité de tous venir de l’univers des valeurs de pays développés et d’avoir transposé leurs méthodes de travail et d’analyse au monde émergent.Une gamme assez vasteEn plus des mandats confiés par Aviva, la gamme se compose aujourd’hui notamment de deux produits à dividende élevé, une sicav luxembourgeoise centrée sur l’Asie de 140 millions de dollars et un FCP «high income» de 20 millions d’euros lancé en janvier 2009 et actuellement fermé aux nouvelles souscriptions.Il existe également un fonds d’actions émergentes à fort dividende qui s’adresse comme les deux premiers à des clients qui privilégient la croissance dans un environnement de plus faible volatilité. C’est un produit plus défensif de 90 lignes, plus diversifié que les produits traditionnels : ce fonds n’existe pas encore pour des clients externes, mais Aviva Investors compte le lancer prochainement sur le marché, précise Laurence Bensafi.Aviva Investors dispose aussi d’un fonds davantage axé sur la croissance et qui investit dans les petites capitalisations des pays émergents. Cet OPCVM de 164,1 millions de dollars (fin mars) se concentre sur les industrielles, la santé et la consommation. Il s’agit également d’un fonds de sélection de titres (bottom up) qui profite entre autres de ce que les valeurs sont moins suivies par les analystes sell side. A partir d’un univers d’environ 4.000 sociétés, les gérants et analystes d’Aviva Investors composent un vivier de 100-150 noms dont ils extraient un portefeuille de 50-60 lignes.Les «situations spéciales"Une troisième approche s’est imposée dans la gamme pays émergents, celle dite des situations spéciales. C’est un domaine où il existe peu de recherche et dans lequel on peut trouver des sociétés faisant l’objet d’une opération du fusion-acquisition, des essaimages (spin-offs) et des entreprises qui s’introduisent en Bourse. Le marché a tendance à sous-valoriser ce type de titres, parce que -souvent- l’annonce de telles opérations ouvre une période d’incertitude, ce que le marché n’aime pas. De plus, le gérant Will Ballard s’intéresse à l’impact potentiel d'éventuels changements de réglementation sur l'évolution du cours boursier des valeurs. Cette stratégie, démarrée il y a deux ans, pèse environ 500 millions de dollars d’encours, dont 45 millions d’euros dans la sicav.Le gérant a mis au point une grille de lecture, comme une check list, qui lui permet d’analyser sérieusement la situation, d'établir des prévisions de bénéfice «post fusion» ou d’estimer quelle peut être l’incidence des interventions politiques ou syndicales : il a étudié plus de 1.000 opérations et déterminé qu’en moyenne il se produit une destruction de valeur de 20 % au bout de trois ans. Mais il faut aussi savoir qu’il existe une forte dispersion, avec des plus-values de 80 % et des pertes de 80 % aussi.Will Ballard adopte aussi une vue top down, pour mieux appréhender les problèmes, et tout ce travail préparatoire est trop long pour que les courtiers s’y adonnent. De plus, la prudence est de mise, et 90 % du portefeuille peuvent en théorie être liquidés en l’espace de trois jours, si besoin.Entre ces trois approches, il existe une sorte de fil rouge : le gouvernement d’entreprise est toujours un critère d’investissement pour les équipes d’Aviva Investors, qui dispose d’une équipe mixte gouvernance-ISR de 16 personnes. D’ailleurs la société de gestion et sa maison-mère Aviva ont toutes deux signé les Principes de l’investissement responsable des Nations-Unies (UN-PRI) de sorte qu’aucun investissement non conforme à cette charte ne peut être effectué.