Dans un contexte de stagnation économique et de faiblesse des investissements, le plan Juncker sur l’investissement constitue une initiative qui va dans la donne direction mais qui est encore trop limitée. Telle est en substance le constat exprimé par la majorité des participants aux Assises Européennes du Long Terme organisées par Confrontations Europe les 3 et 4 décembre à Bruxelles.Le patron d’AXA, Henri de Castries, a bien donné le ton. «Le plan Juncker est un wake-up call plus qu’un changement structurel», a-t-il notamment lancé tout en saluant une initiative qui marque au moins une prise de conscience. Ce fut également la teneur de nombreuses interventions. A défaut d'être satisfaisante, l’initiative Juncker est «un message d’espoir», a estimé le député européen Alain Lamassoure. Autrement dit, le programme Juncker devrait plutôt être saisi et apprécié comme la première étape d’un processus beaucoup plus ambitieux qui met l’investissement de long terme en tête des priorités.Parmi les nombreux thèmes évoqués ont notamment figuré celui de l’investissement en infrastructures, en tête des préoccupations de Bruxelles. Pour un groupe d’assurances comme AXA, il est urgent d’adapter la réglementation pour réduire les coûts du capital à risque. «Il faudrait considérer les infrastructures comme une véritable classe d’actifs avec ses calibrations propres», a insisté Henri de Castries qui a également appelé de ses vœux une relance de la titrisation. «Les esprits ont évolué mais il y a loin de la coupe aux lèvres», a commenté le patron d’AXA qui ne voit pas actuellement de changement qui puisse redonner un véritable élan à la titrisation.Philippe Ithurbide, directeur mondial de la recherche et de la stratégie chez Amundi, a nuancé ce propos en saluant l’idée de la Banque centrale européenne de revitaliser les ABS pour financer les PME. «Big is beautiful but small is very useful», a insisté Philippe Ithurbide qui a évoqué le partenariat d’Amundi avec EDF pour financer la transition énergétique avec le concours justement de PME. Pour relancer le marché de la titrisation, le professeur Aglietta a ainsi suggéré de mettre en place un registre européen des crédits des PME, à l’instar du dispositif de la Banque de France. Ce qui permettrait notamment de disposer d’une appréciation externe sur les risques spécifiques d’une entreprise et de les dissocier ainsi du risque pays.Au-delà des adaptations nécessaires de la réglementation et de la création d’outils appropriés, les participants ont insisté sur le rôle essentiel de la gouvernance et sur la nécessité de poursuivre les réformes structurelles, avec entre autres l’intégration du marché européen des capitaux, «un concept clair mais dont le contenu reste à définir», selon Fabrice Demarigny, président de l’ECMI (European Capital Markets Institue). Il faudrait également prendre davantage en compte les rôles de plus en plus importants tenus par les institutionnels et les gestionnaires de patrimoine dans le financement de l'économie. Comme l’a souligné Henry de Castries, «L’Europe a perdu sa boussole pour ce qui est de son appétit pour le risque. Il était justifié de renforcer les réglementations mais on est allé trop loin».Et, point essentiel, la méfiance à l'égard du secteur financier d’une part, mais aussi vis-à-vis de l’Europe, a du mal à se dissiper. Il est donc urgent de profiter de l’aubaine du plan Juncker pour préparer une stratégie de long terme plus ample pour remettre l’Europe sur le chemin de la croissance.Les propositions des AssisesSaluant le plan Juncker comme le symbole d’une volonté, une cinquantaine de personnalités interpellent les dirigeants politiques européens et leur demandent d’inscrire cette volonté dans une vision, une véritable stratégie et une nouvelle gouvernance, capables de redonner confiance et de mobiliser les sociétés.Dans un texte adopté par les Assises, elles proposent notamment de :- faire entrer l’investissement dans le semestre européen et d’y associer les acteurs économiques et sociaux; et créer un Forum d’acteurs publics et privés, en particulier les territoires et les entreprises ;- travailler dans les domaines d’intérêt stratégique commun, et notamment l’énergie, le numérique, l’innovation industrielle et les transports, avec un effort exceptionnel d’investissement social, particulièrement sur la formation professionnelle et continue ;- créer une commission spéciale dédiée à l’investissement, ouverte aux investisseurs et aux acteurs ;- construire un cadre réglementaire spécifique pour le long terme permettant de canaliser l’argent vers l’investissement, parallèlement à la construction d’une Union bancaire et d’un marché des capitaux intégré en Europe ;- établir une règle d’or favorable aux investissements d’avenir dans le pacte de stabilité budgétaire, rehausser le budget européen avec un chapitre dédié aux investissements, et créer un Fonds de fonds dédié aux projets d’avenir complémentaire à la capacité de la BEI ;- inciter les Etats membres et leurs sociétés à valoriser leurs projets nationaux s’inscrivant dans l’intérêt général européen, et à coopérer sur des projets communs.