Les Italiens ont voté dimanche massivement (à 59,2%) contre le projet de référendum constitutionnel proposé par le gouvernement de Matteo Renzi qui a immédiatement présenté sa démission, comme il l’avait annoncé. Pour les gérants, ce résultat n’était pas une surprise en soi et les marchés avaient anticipé une telle éventualité. Pour la majorité d’entre eux, il a toutefois l’inconvénient de relancer des incertitudes politiques dans un pays, et plus largement dans une zone, la zone euro, qui n’avait pas besoin de cela. Tous les regards semblent désormais se tourner vers la Banque centrale européenne (BCE) qui se réunira jeudi. Newsmanagers vous livre quelques extraits de réactions de sociétés de gestion, juste au lendemain des résultats.- Allianz GI :"-Si ce résultat entraîne une violente réaction politique en Italie, il pourrait en résulter un mouvement de ventes massives sur les banques italiennes. Un tel scénario risque de déstabiliser le système bancaire européen, et mener à une crise de l’euro similaire à celle de 2010-2011.-Le rejet de Matteo Renzi et de ses réformes se traduira par une hausse importante des coûts de financement pour les emprunteurs italiens, ce qui fragilisera davantage les emprunteurs de plus en plus endettés et nuira à la politique de la BCE.- Conformément au thème déjà identifié, la politique jouera un rôle clé dans les décisions d’investissement au cours des années à venir. Cependant, l’Italie restera concentrée sur ses préoccupations nationales et ne sera pas en mesure d’aider à promouvoir les changements dont l’Europe a besoin dans le sillage du Brexit."- Edmond de Rothschild AM» Contrairement aux semaines précédentes, le différentiel de taux Italie versus Allemagne reste faible au lendemain du scrutin. Les emprunts d’Etat italiens s’écartent de 10 points de base par rapport à l’Allemagne. Loin d’être systémique, le risque reste circonscrit à l’Italie. Le scénario d’une sortie du pays de la zone euro est totalement écarté. Nous n’observons pas de mouvement de contagion, notamment à l’Espagne. Après l’Italie, c’est au tour de la Banque centrale européenne d’entrer en scène, ce jeudi. L’institution souhaite remplir pleinement son rôle de garde-fou et garantir la stabilité financière sur le Vieux Continent. Par conséquent, elle annoncera très probablement une extension du programme de rachats de dettes jusqu’en septembre 2017. Il est trop tôt pour donner un coup d’arrêt à la politique accommodante conduite depuis plusieurs mois. Le niveau et les anticipations d’inflation ne donnent pas encore satisfaction aux banquiers centraux. La poursuite du Quantitative Easing devrait servir de support aux valeurs financières».- Standard Life Investments : Stéphanie Kelly, économiste politique"Dans l’ensemble, les perspectives de croissance en Italie restent modérées à court terme, mais les risques de baisse provenant en particulier du secteur bancaire pourraient être exacerbées par toute élection anticipée».- Natixis Asset Management : Philippe Waechter, directeur de la recherche économique« Les marchés n’ont pas réagi de façon excessive. L’euro est passé sous le seuil de 1,06 face au dollar et les marchés d’actions en Asie ont clôturé sur une baisse modérée (-0,8% à Tokyo). La remontée du taux italien efface le repli constaté en fin de semaine. Ce relatif attentisme a un côté rassurant, il n’y a pas de défiance majeure à la suite du résultat. Cependant, l’histoire est loin d'être achevée. Matteo Renzi va présenter sa démission qui sera très probablement acceptée. Le gouvernement actuel ne peut plus fonctionner de façon efficace à la suite du résultat de ce week-end. Le président italien Sergio Matarella devra consulter et nommer un nouveau premier ministre, qui pourrait être Matteo Renzi, pour former un nouveau gouvernement. Cela prendra quelques semaines. (…) La fragilité, à court terme, est le secteur bancaire italien. (…) La BCE va forcément être très vigilante pour éviter une situation qui serait mal maîtrisée et mal maîtrisable. Lors de sa réunion de jeudi, elle annoncera un prolongement de l’opération de quantitative easing au-delà de mars 2017 dans le prolongement de ce qui a été dit la semaine dernière par les officiels de la BCE. »- Amundi :« Les risques de nos positions sont essentiellement liées à une plus grande prise d’influence du parti « 5 Stelle » sur la vie politique italienne. Dans ce cas, il est probable que les spreads s’écartent encore et notre réponse de gestion sera conditionnée à ce que la BCE peut délivrer lors de sa réunion du 8 décembre. Sur niveaux de spreads stressés (BTP en particulier) et avec plus d’éléments tablant sur une normalisation à venir, nos positions d’actifs risqués seront renforcées, nos consommations de budget de risque modérées le permettant ».- David Ganozzi, gérant de Fidelity Patrimoine:"le grand gagnant de ce référendum n’en reste pas moins le Mouvement 5 étoiles (M5S), eurosceptique avéré, qui voit son emprise sur le paysage politique italien renforcée. Et pourquoi pas, à terme, sonner la sortie de l’Italie de l’Union européenne ? Quoi qu’il en soit, le contexte politique italien devrait continuer d’entretenir à moyen terme de la volatilité sur les marchés européens».- Igor de Maack, gérant et porte parole de la gestion de DNCA Investments» L’impact sur les taux italiens est pour l’instant limité. L’écart avec les obligations souveraines allemandes s’est stabilisé pour atteindre 170 points de base. Il faut tout de même constater que les obligations souveraines italiennes à dix ans affichent un rendement proche de 2,0% contre 2,4% pour les obligations souveraines américaines à dix ans. C’est une situation paradoxale pour celles et ceux qui prétendent que l’Italie est au bord du gouffre. La recapitalisation du système bancaire italien est certes rendu plus complexe par cette instabilité politique chronique mais les mécanismes de sauvetage mis en place par la zone euro et l’Union bancaire permettent au moins de dessiner une solution qui n’était pas possible avant la crise de 2011".