Russie, Turquie, République tchèque, Pologne et Hongrie sont les pays «poids lourds» de l’Europe émergente qui compte pas moins de vingt-cinq nations. De fait, d’un point de vue économique, la Russie représente 65 % de l’indice MSCI Emerging Europe Index, la Turquie 14 %, la Pologne 12 %, la Hongrie 5 % et la République tchèque 4 % ! Compte tenu de cette caractéristique, Matthieu Belondrade et François Théret, tous deux gérants et analyste Actions Europe Emergente chez Natixis AM sont revenus, lors de l’atelier portant sur les marchés émergents organisé par leur maison (lire par ailleurs), sur les conséquences de cette distribution sur la structure sectorielle de l’indice.Avec le gérant russe notamment, le secteur des matières premières pèsent 39 % de l’ensemble – devant le secteur financier (27 %), celui des télécoms et des matériaux (11 % chaque). Première conséquence de cette très grande concentration, ont expliqué les gérants, «les matières premières ont été la courroie de transmission de la crise», contrairement à ce qui s’est passé dans nos économies où c’est le secteur financier qui a rempli ce rôle. Autre point remarquable : le MSCI Emerging Europe Index affiche une forte concentration autour des dix principales valeurs de la zone. A elles seules, elles représentent 52 % de la capitalisation avec, pour les trois premiers titres, une pondération de 16,9 % pour Gazprom, 7,9 % pour Lukoil et 7 % pour Sberbank. En dépit de ce profil très marqué, il existe à côté des ressources naturelles d’autres thématiques d’investissement intéressantes à exploiter, ont insisté les gérants. A partir de l'émergence d’une classe moyenne et de la volonté dans des pays comme la Russie de se «libérer» de la prédominance de l’or noir, en mettant sur pied des champions nationaux, la consommation par exemple est un thème intéressant à jouer. Et ce d’autant que cela concerne toute l’Europe émergente dont la demande d'équipements est forte (automobile, téléphonie, etc), le taux de pénétration de ces produits faible, alors que le PIB par tête a doublé entre 2000 et 2009. En outre, l’activité crédit via des prêts à la consommation ou des cartes de crédit est encore peu développée. Avec la consommation, les infrastructures sont aussi un thème porteur, la région affichant également d’importants besoins, qu’il s’agisse de dépenses dans le secteur du bâtiment, du commerce ou des transports publics. «Dans ce contexte, ont rappelé les gérants, l’Europe émergente affiche dès cette année des opportunités. Les marchés offrent en outre des niveaux de valorisations attractifs, ce qui en fait un marché «value» qu’il convient d’aborder via une gestion active.» Reste les questions de «corporate gouvernance»... Matthieu Belondrade et François Théret ont rappelé que des pays comme la Turquie ou ceux situés en Europe centrale, donnent d’ores et déjà accès à des informations d’excellente qualité. En outre, pour ce qui concerne les valeurs russes, les deux gérants ont insisté sur le fait qu’ils s’intéressaient à des «blue chips» qui étaient également cotés à Londres et New York ce qui leur apportait de facto des garanties en termes de transparence des comptes. En revanche, pour des sociétés locales dans le domaine de la consommation par exemple, la prudence restait de mise. En cela, les déplacements et les rencontres avec les responsables d’entreprises restaient largement justifiés... Des valeurs à suivre dans l’Europe émergente : ENRC (Kazakhstan, Mines)Garanti Bank (Turquie, Banque)X5 Retail Group (Russie, Distribution alimentaire)GlobalTrans (Russie, Transport ferroviaire)