Changement d’époque pour la gestion privée. Confrontée à une crise financière inédite, les acteurs du secteur, après avoir fait face à l’urgence de la situation, voient leur métier sous un jour nouveau. Selon une étude réalisée par Deloitte (*) auprès d’un échantillon de 18 établissements parisiens représentatifs du marché de la gestion privée en France, deux grandes problématiques semblent désormais figurer parmi les préoccupations majeures des acteurs : la gestion du risque et la transparence.«Depuis que je suis dans ce métier, c’est la première fois que je vois çà. Les gérants sont vraiment très préoccupés par la gestion du risque. Beaucoup craignent de ne pas maîtriser le client», lance Pascal Koenig, associé Deloitte qui a piloté l’étude. Des outils plus ou moins sophistiqués ont bien été mis en place pour s’adapter à la réglementation en respectant par exemple la politique d’acceptation de nouveaux clients ou en veillant à la traçabilité des ordres.«Toutes les banques interrogées disposeraient d’une politique de gestion du défaut de conseil. Cependant, nous avons constaté que certains établissements rencontrent des difficultés à mettre en place une traçabilité des décisions de gestion. Très peu disposent d’une matérialisation de la recommandation validée par le client et la décharge de la société», relève l’étude. Les établissements le reconnaissent: le suivi de la relation avec le prestataire laisse à désirer et le risque opérationnel est devenu un vrai sujet, avec un phénomène de multiplication des réclamations qui n’existait pas précédemment. L’étude suggère la mise en place d’une «due diligence» beaucoup plus systématique qui pourrait se décliner à trois niveaux dans le cadre d’une procédure formalisée et traçable: tout d’abord, le contrôle du véhicule avec l’analyse quantitative/qualitative sur la cohérence entre l’objectif du fonds et le processus d’investissement; ensuite, le contrôle portant sur le gérant/personne physique (CV, éthique, back-up et sensibilité aux cycles de marché); et enfin, le contrôle sur la structure de gestion avec l’attention portée sur les moyens humains et techniques alloués aux équipes de gestion et aux fonctions de contrôle.L’autre grande problématique concerne le souci de transparence qu’il a déjà fallu expérimenter à la faveur de la crise, avec la mise en place d’un dispositif spécifique de communication pour répondre aux inquiétudes de la clientèle. Et la crise a probablement contribué à une prise de conscience collective sur les multiples déficits en matière de reporting: incapacité d’agréger les risques, délais de publication trop longs, ruptures de chaîne… «La plupart des établissements sont conscients que leur reporting est sujet à amélioration et qu’il s’agit d’un point essentiel à la différentiation dans la relation client», constate l’étude qui avance deux pistes d’amélioration: d’une part fournir systématiquement des reportings consolidés avec l’exposition globale au risque; d’autre part, fournir une fois par an des reportings proches de la situation patrimoniale du client. Pascal Koenig relève aussi la sensibilité plutôt faible des acteurs aux sujets règlementaires. Il est vrai aussi que l’état d’inachèvement de certains chantiers peut en décourager plus d’un, comme par exemple le chantier de la commercialisation des produits financiers, qui a enregistré des avancées considérables avec la directive MIF et les deux ordonnances de fin 2008 (renforcement des obligations entre producteur et distributeur) et début 2009 (devoir de conseil), mais qui souffre encore de l’absence de statut unique.(*) Ouverture sur les enjeux de la gestion privée en France. S’adapter dans un environnement en mutation, septembre 2009